Robots industriels dopés à l'IA : le fondateur d'Uber lève 1,7 milliard de dollars

Évincé d'Uber en 2017, Travis Kalanick revient avec Atoms, une entreprise de robots industriels qui vient de lever 1,7 milliard de dollars. Andreessen Horowitz mène le tour de table, et Uber, qui l'avait poussé dehors, remet au pot.

Robots industriels dopés à l'IA : le fondateur d'Uber lève 1,7 milliard de dollars
© Posthumain

Il avait disparu des radars pendant près de huit ans. Le voilà qui revient avec 1,7 milliard de dollars en poche et une ambition qui donne le vertige : mettre des robots au travail dans les mines, les camions et les cuisines.

Travis Kalanick, le cofondateur d'Uber poussé vers la sortie en 2017, vient de boucler l'une des plus grosses levées de fonds de l'année dans la robotique.

Son entreprise, Atoms, a séduit le fonds Andreessen Horowitz (souvent abrégé a16z, l'un des plus puissants capital-risqueurs de la Silicon Valley). Et le détail qui fait sourire : Uber, la société qui l'avait éjecté, remet de l'argent au pot.

Derrière l'annonce spectaculaire se cache un pari précis, à contre-courant de la mode des robots humanoïdes. Kalanick ne veut pas fabriquer des machines qui ressemblent à des humains. Il veut des robots spécialisés, taillés pour un seul métier, déployés à l'échelle industrielle.

Dans cet article :

  • Le come-back du banni : 1,7 milliard et un pied de nez à Uber
  • Atoms, ou l'art de transformer des cuisines fantômes en usine à robots
  • Pourquoi la Silicon Valley déverse des milliards dans les robots
  • Humanoïdes contre robots-outils : le vrai pari de Kalanick
  • Ce qu'il faut vraiment surveiller

Le come-back du banni : 1,7 milliard et un pied de nez à Uber

Le montant est vertigineux. Atoms a levé 1,7 milliard de dollars en fonds propres, dans un tour mené par Andreessen Horowitz [1]. Ben Horowitz, cofondateur du fonds, rejoint le conseil d'administration de l'entreprise.

Autour de la table, on trouve du très lourd. Bain Capital, Fifth Wall, SV Angel et d'autres participent au tour, aux côtés de banques comme Goldman Sachs et JP Morgan côté dette [2]. Mais le nom qui retient l'attention, c'est Uber.

C'est là que l'histoire devient personnelle. Uber avait forcé Kalanick à démissionner en 2017, après une série de scandales sur le harcèlement et un climat de travail toxique. Voir cette même entreprise réinvestir aujourd'hui dans son projet ressemble à une réconciliation à plusieurs milliards.

Kalanick a raconté sur son compte X qu'un partenariat avec Marc Andreessen et Ben Horowitz avait failli se nouer chez Uber dès 2011, et que l'échec de cet accord avait pesé lourd par la suite [1]. Ben Horowitz, lui, a résumé l'affaire d'une formule : « Travis est de retour ».

Atoms, ou l'art de transformer des cuisines fantômes en usine à robots

Pour comprendre Atoms, il faut remonter à sa drôle d'origine. Après Uber, Kalanick a pris les rênes de City Storage Systems, mieux connu pour sa filiale CloudKitchens : un réseau de « cuisines fantômes » (des locaux loués à des restaurants qui ne servent que la livraison, sans salle).

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En mars 2026, il a rebaptisé le tout Atoms et dévoilé sa vraie ambition. L'entreprise, restée dans l'ombre pendant près de huit ans, opérerait déjà dans plus de 110 villes, avec des milliers de salariés à qui il était interdit de nommer leur employeur sur LinkedIn [3].

Atoms est aujourd'hui découpée en trois divisions. Atoms Food hérite des cuisines de CloudKitchens, Atoms Mining vise les mines, et Atoms Transport veut bâtir ce que Kalanick appelle une base de mobilité commune à toute une flotte de machines [4].

La partie mines s'appuie sur Pronto, une jeune entreprise de véhicules autonomes pour sites industriels dirigée par Anthony Levandowski, ancien collègue de Kalanick chez Uber, que ce dernier a annoncé racheter [1].

Sa philosophie tient en une phrase qu'il répète : « traiter les atomes comme des bits », c'est-à-dire piloter le monde physique avec des logiciels comme on pilote des données.

Pourquoi la Silicon Valley déverse des milliards dans les robots

Cette levée n'arrive pas par hasard. Elle tombe en plein emballement pour ce qu'on appelle l'IA physique (l'IA qui perçoit et agit dans le monde réel, à travers un corps robotisé, et non plus seulement à l'écran).

Les chiffres donnent le tournis. Selon la société d'analyse Dealroom, les entreprises de robotique et d'IA physique ont levé 55,8 milliards de dollars depuis le début de 2026, soit près du double de tout ce qu'elles avaient récolté en 2025 [5].

Une mesure plus stricte, celle de Crunchbase, qui exclut la défense et les véhicules autonomes, place le secteur à 18,8 milliards de dollars à la fin juin. C'est déjà plus que le total de toute l'année 2025 et davantage que le précédent pic de 2021, avec six mois de collecte encore à venir [6].

Graphique en barres du financement mondial des startups de robotique selon Crunchbase : 14,1 Md$ en 2021, 15 Md$ sur toute l'année 2025 et 18,8 Md$ dès la fin juin 2026.
À fin juin 2026, les startups de robotique avaient déjà levé 18,8 milliards de dollars dans le monde, dépassant le total de toute l'année 2025 et le précédent pic de 2021, avec six mois de collecte encore devant elles. – Source : Crunchbase News, Sector Snapshot Robotics (22 juin 2026). © Posthumain

Pourquoi ce déluge d'argent ? Parce que l'IA logicielle est devenue difficile à protéger : n'importe qui peut recréer la même fonction avec une clé d'accès à un modèle. Les investisseurs cherchent donc une vraie barrière à l'entrée et l'ancrage dans le monde physique (usines, entrepôts, immobilier) en est une.

La levée d'Atoms se range ainsi parmi les toutes premières de l'année, au niveau de Saronic (1,75 milliard pour la défense maritime) et devant Neura Robotics et Skild AI, à 1,4 milliard chacun. C'est ce que montre notre première comparaison des plus gros tours de 2026.

Graphique en barres comparant les plus grosses levées de fonds de 2026 dans l'IA physique : Atoms 1,7 Md$, Saronic 1,75 Md$, Neura Robotics 1,4 Md$, Skild AI 1,4 Md$, Humanoid 0,15 Md$.
Avec 1,7 milliard de dollars, la levée d'Atoms se hisse parmi les toutes premières de l'année dans l'IA physique, au coude à coude avec Saronic et devant Neura Robotics et Skild AI. – Source : TechCrunch, Investing.com et Value Add Pulse / Crunchbase (juillet 2026). © Posthumain

Ce climat de surchauffe a aussi son revers, que nous documentions déjà dans notre analyse du pari raté de Ford sur l'automatisation à marche forcée. Beaucoup de ces machines n'ont pas encore effectué une seule heure de travail rémunéré, et de nombreuses valorisations reposent sur des démonstrations plus que sur des flottes réellement déployées.

Humanoïdes contre robots-outils : le vrai pari de Kalanick

Voilà le point le plus intéressant du dossier. Pendant que la Silicon Valley s'enflamme pour les robots humanoïdes qui marchent et dansent, Kalanick prend le contre-pied. Il mise sur des robots « employés utilement » (ou « gainfully employed robots », selon ses termes exactes), conçus pour une seule tâche plutôt que pour imiter l'humain [7].

Ben Horowitz défend exactement la même ligne. Dans son billet publié sur le site d'a16z, il soutient que pour la plupart des métiers de l'industrie lourde, les robots spécialisés sont bien mieux adaptés que les humanoïdes [2].

Cette prudence colle à la réalité du terrain. Le marché mondial de la robotique, estimé à plus de 257 milliards de dollars, est tiré avant tout par des systèmes taillés pour une mission précise, alors que le marché des humanoïdes ne dépasserait pas 38 milliards à l'horizon 2035 selon les projections de Goldman Sachs [8].

La raison est terre à terre. Fabriquer une machine capable d'égaler la souplesse d'une main humaine reste un casse-tête mécanique, coûteux et lent à industrialiser. Un bras qui range un entrepôt ou un véhicule qui creuse une mine, lui, fonctionne déjà. Le débat rejoint nos réflexions sur la frontière entre outil qui assiste et machine qui remplace.

Ce qu'il faut vraiment surveiller

Le buzz est énorme, mais un lecteur lucide ne prend pas une annonce de levée pour une preuve de succès. Voici les trois lignes de faille à garder à l'œil pour juger, dans les mois qui viennent, si le retour de Kalanick tient ses promesses ou gonfle une nouvelle bulle.

1. L'exécution, pas le montant levé

Lever 1,7 milliard n'a jamais fait tourner un seul robot. Le vrai test d'Atoms sera sa capacité à faire fonctionner ses machines dans trois secteurs très différents en même temps : la cuisine, la mine et le transport. Piloter cette diversité sans perdre en qualité est un défi que peu d'entreprises ont relevé.

L'atout de Kalanick, c'est qu'il ne part pas d'une page blanche. CloudKitchens lui offre une base réelle où ses robots affrontent déjà la chaleur, la répétition et la pression sur les marges [4]. Un environnement bien plus exigeant qu'un humanoïde qui salue sur la scène d'une conférence. C'est un avantage concret, à condition qu'il se transforme en déploiement rentable.

2. Le risque de la bulle robotique

Le secteur entier est priché comme s'il valait déjà l'infrastructure de l'IA, alors qu'une large part des robots financés n'a pas encore produit de revenus.

Quand les valorisations reposent sur des carnets de commandes et des promesses plutôt que sur des flottes actives, beaucoup d'entreprises finissent par échouer, même si la tendance de fond se confirme.

Le signal à surveiller n'est donc pas la prochaine méga-levée, mais le premier chiffre d'affaires solide. Combien de robots Atoms fait-il vraiment travailler, pour quels clients, à quel prix ? Tant que ces réponses manquent, la prudence reste de mise, comme pour l'ensemble du marché.

3. L'ombre du passé et le pari du fondateur

On n'efface pas 2017 avec un chèque. Le retour de Kalanick réactive un personnage aussi doué pour bâtir que réputé pour ses méthodes brutales, et la réunion avec Levandowski, passé par la case prison dans l'affaire des secrets volés à Waymo, n'a rien d'anodin.

Le pari des investisseurs, c'est que cette « gritty work ethic » (ou éthique de travail hargneuse) vantée par Horowitz vaut le risque réputationnel [1].

Pour le lecteur Posthumain, la meilleure posture n'est ni l'enthousiasme béat ni le rejet réflexe. C'est de traiter Atoms comme un laboratoire grandeur nature d'une question qui nous concerne tous : jusqu'où peut-on retirer l'humain du travail physique, et à quel rythme cela arrive-t-il vraiment ?

La réponse ne se lira pas dans le montant du tour, mais dans les usines et les mines, d'ici un an ou deux.

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Sources principales :

  1. TechCrunch – "Travis Kalanick's robotics company raises $1.7B, led by a16z"
    Atoms lève 1,7 Md$ mené par a16z ; Ben Horowitz au conseil ; Uber participe ; rachat de Pronto (Levandowski) ; citations de Kalanick sur X. (techcrunch.com)
  2. Investing.com / Yahoo Finance – "Kalanick's Atoms raises $1.7B in a16z-led round for industrial AI"
    Partenaires en fonds propres et en dette (Goldman Sachs, JP Morgan…) ; Horowitz défend les robots spécialisés plutôt qu'humanoïdes sur a16z.com. (finance.yahoo.com)
  3. Entrepreneur Loop – "Travis Kalanick Launches Atoms"
    Près de huit ans en mode furtif, plus de 110 villes, salariés interdits de nommer l'employeur sur LinkedIn. (entrepreneurloop.com)
  4. Startup Fortune – "Travis Kalanick closes a $1.7 billion round for Atoms"
    Trois divisions Atoms Food, Mining, Transport ; CloudKitchens comme base opérationnelle réelle ; « wheelbase for robots ». (startupfortune.com)
  5. TechTimes – "Robotics VC Breaks Annual Records at Midyear"
    Financement mondial robotique / IA physique : 55,8 Md$ en 2026, près du double de 2025 (données Dealroom). (techtimes.com)
  6. Crunchbase News – "Robotics Startups On Fire As Venture Funding Surges To Record Numbers In 2026"
    18,8 Md$ levés à fin juin 2026, contre 15 Md$ sur toute l'année 2025 et 14,1 Md$ en 2021. (news.crunchbase.com)
  7. Silicon Angle – "Uber co-founder Travis Kalanick launches robotics venture Atoms"
    « Gainfully employed robots » : robots spécialisés conçus pour une tâche précise ; trois sous-catégories Food, Mining, Transport. (siliconangle.com)
  8. Forbes – "Humanoid Robots Get The Hype. Task-Specific Robots May Win The Market."
    Marché robotique global > 257 Md$, tiré par les systèmes spécialisés ; humanoïdes projetés à 38 Md$ d'ici 2035 (Goldman Sachs). (forbes.com)
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