Un ex-patron d’Alexa prend les commandes de Boston Dynamics : ce qui pourrait changer
Boston Dynamics confie sa direction à Rohit Prasad, l'homme derrière Alexa chez Amazon. Un choix qui en dit long sur ce que les robots doivent devenir : des produits, pas des démos.
Le 7 octobre 2026, l'entreprise qui a fait rêver Internet avec des robots qui dansent et font des saltos s'est donné un patron qui n'a jamais construit de robot. Rohit Prasad, l'homme derrière l'assistant vocal Alexa d'Amazon, devient le troisième dirigeant de l'histoire de Boston Dynamics.
Ce choix n'est pas anodin. Il raconte où va vraiment l'industrie des robots : loin des vidéos spectaculaires, vers l'usine, la ligne de production et la rentabilité. Boston Dynamics (le pionnier américain des robots mobiles, fondé en 1992 et racheté par le constructeur automobile coréen Hyundai en 2021) ne cherche plus à impressionner. Il cherche à vendre.
Et pour vendre, il a préféré un spécialiste en IA grand public à un ingénieur en mécanique. Voici pourquoi ce détail change tout.
Dans cet article :
- Qui est Rohit Prasad, le concepteur d'Alexa envoyé chez les robots
- Pourquoi Boston Dynamics avait un trou béant à la tête
- « Physical AI » : le pari à des milliards derrière cette nomination
- Ce que cette nomination dit vraiment de l'avenir des robots
Qui est Rohit Prasad, le concepteur d'Alexa envoyé chez les robots
Pendant douze ans, Rohit Prasad a été l'un des cerveaux de l'IA d'Amazon. Il a aidé à bâtir Alexa dès ses débuts, cet assistant vocal aujourd'hui présent dans des centaines de millions de foyers dans le monde [1].
Plus récemment, il a dirigé le développement de Nova, la famille de modèles d'IA d'Amazon destinée aux entreprises. En clair : son métier, c'est de transformer une technologie de laboratoire en un produit que des millions de gens utilisent sans y penser.
Son parcours a pourtant connu une bascule. En décembre 2025, le PDG d'Amazon Andy Jassy annonçait son départ, après qu'Amazon eut peiné à montrer que son IA interne pouvait rivaliser avec celle de ses concurrents [2].
Prasad dirigeait alors l'équipe baptisée AGI (intelligence artificielle générale, le niveau théorique où une machine égalerait l'humain sur toutes les tâches).
Avant Amazon, il a passé près de quatorze ans chez Raytheon BBN Technologies, à mener des travaux d'apprentissage automatique (le procédé par lequel une IA apprend à partir de données) pour le gouvernement américain. Un détail compte ici : Prasad arrive avec un bagage d'IA, pas de robotique [3].
C'est la première fois que Boston Dynamics confie son destin à quelqu'un qui ne vient pas du monde des machines. Avant lui, le fondateur Marc Raibert a dirigé l'entreprise de 1992 à 2020, puis Robert Playter, un ingénieur maison, l'a dirigée jusqu'en février 2026.
Pourquoi Boston Dynamics avait un trou béant à la tête
Si cette nomination intervient maintenant, c'est que le fauteuil était vide depuis longtemps. Playter est parti en février 2026, après plus de trente ans dans l'entreprise. Depuis, c'est la directrice financière Amanda McMaster qui assurait l'intérim. Neuf mois sans vrai patron, pour une entreprise censée courir [9].
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Et le départ de Playter n'était que la partie visible. Le média économique Semafor a révélé en mai une véritable hémorragie de cadres, qu'il a qualifiée d'« exode de la direction ». Le directeur des opérations, le directeur de la stratégie et le directeur technique ont tous quitté le navire.
Le plus douloureux : Aaron Saunders, le directeur technique, est parti chez Google DeepMind, le laboratoire d'IA de Google. Scott Kuindersma, le responsable de la recherche qui avait transformé Atlas d'une bête de foire en produit commercial, l'a suivi [5].
Selon d'anciens salariés cités par Semafor, ces cadres auraient été poussés dehors par un conseil d'administration jugeant que l'avance de l'entreprise se réduisait face à ses rivaux. Hyundai veut des robots qui marchent, vite.
Dans ce contexte, le choix de Prasad ressemble à une réponse directe. Boston Dynamics a vidé son réservoir d'ingénieurs stars. Il ne lui reste qu'à importer une compétence qu'il n'a jamais eue en interne : la capacité à industrialiser un produit d'IA à l'échelle de la planète.
C'est précisément la ligne de notre analyse sur la bulle des robots humanoïdes : le hardware impressionne, mais c'est la mise à l'échelle qui sépare les survivants des figurants.
« Physical AI » : le pari à des milliards derrière cette nomination
Le mot magique répété par l'entreprise, c'est « physical AI », ou IA incarnée. L'idée : des machines qui ne se contentent pas de répondre dans un écran, mais qui perçoivent, raisonnent et agissent dans le monde réel, l'usine ou l'entrepôt.
Boston Dynamics veut combiner sa robotique de pointe avec une IA avancée pour commercialiser des machines intelligentes à grande échelle [1].
Derrière le slogan, il y a des chiffres vertigineux. Dans un rapport publié en septembre 2026, la banque Goldman Sachs prévoit un bond des livraisons mondiales de robots humanoïdes : 75 000 unités en 2026, puis 890 000 en 2030, pour atteindre 6,5 millions en 2035 [6].

C'est un marché estimé à 138 milliards de dollars, tiré par la logistique, l'entreposage et l'automobile. La banque a d'ailleurs revu sa prévision 2035 à la hausse, la multipliant par plus de quatre par rapport à son estimation précédente. Autant dire que les attentes sont devenues démesurées.
Le moteur de cette ruée, c'est le prix. Goldman anticipe que le coût moyen d'un humanoïde passe de 41 800 dollars en 2025 à environ 21 300 dollars en 2035. Diviser le prix par deux, c'est ce qui fait basculer un gadget de laboratoire en outil de production rentable.

Or, c'est exactement le terrain de jeu de Hyundai. Le constructeur a annoncé vouloir déployer le robot Atlas dans son usine de Géorgie à partir de 2028, et construire une capacité de production pouvant atteindre 30 000 humanoïdes par an [7].
Atlas (le robot humanoïde électrique de Boston Dynamics, dévoilé en version commerciale au salon CES de janvier 2026) est au cœur de ce plan.
Le problème, c'est le fossé entre la promesse et la réalité. Selon Semafor, Boston Dynamics ne fabriquait que quatre Atlas par mois au printemps 2026 [4]. Entre quatre par mois et 30 000 par an, il y a un gouffre que ni les saltos ni les vidéos virales ne comblent. Il faut un industriel.
Ce que cette nomination dit vraiment de l'avenir des robots
Il serait facile de résumer cette nomination à un simple changement de patron. Elle marque en réalité un tournant plus large pour toute une industrie : le moment où la robotique cesse d'être une affaire d'ingénieurs pour devenir une affaire de logiciel et de passage à l'échelle. Voici comment le lire.
Le centre de gravité se déplace vers l'IA
Pendant quarante ans, Boston Dynamics a gagné sur un terrain : la mécanique. Atlas reste, sur le papier, le robot le plus agile du marché, avec 56 degrés de liberté (le nombre de mouvements indépendants qu'il peut exécuter) et une rotation de la taille à 360 degrés. Mais la supériorité mécanique ne suffit plus.
Le vrai verrou aujourd'hui, c'est le cerveau. Un robot qui sait bouger ne vaut rien s'il ne sait pas comprendre une tâche, s'adapter à un imprévu, apprendre d'une erreur. C'est là que Boston Dynamics s'est fait doubler, au point de perdre ses chercheurs en IA au profit de Google DeepMind.
Nommer un spécialiste de l'IA grand public plutôt qu'un roboticien, c'est admettre publiquement où se joue désormais la bataille. La même logique traverse toute la filière, comme le montre notre dossier sur le robot Digit d'Agility Robotics : ce qui compte, c'est l'intelligence embarquée, pas le nombre d'articulations.
La course se gagne à l'usine, pas sur YouTube
Le secteur a basculé dans une phase d'exécution. Tesla construit une ligne dédiée à son robot Optimus et vise à terme un prix de 20 000 à 30 000 dollars l'unité, soit une fraction du coût estimé d'un Atlas. Figure déploie déjà ses machines dans une usine BMW. La démonstration ne vaut plus rien sans déploiement réel.
Chaque grand constructeur automobile, sauf Tesla, s'est allié à un spécialiste : Hyundai avec Boston Dynamics, Mercedes avec Apptronik, BMW avec Figure, Toyota avec Agility. L'automobile est devenue le premier client de masse des humanoïdes et c'est elle qui fixe le tempo [8].
Prasad a été recruté pour une seule mission : transformer un prototype spectaculaire en un produit fabriqué par milliers, fiable et rentable. Son passé chez Amazon, où il a industrialisé Alexa jusqu'aux centaines de millions d'appareils, est exactement le profil que ce moment réclame.
Ce qu'il faut surveiller dans les mois qui viennent
Trois signaux diront si ce pari fonctionne. Le premier : la cadence de production d'Atlas. Passer de quatre unités par mois à une véritable ligne industrielle est le test le plus concret et il sera impossible à maquiller.
Le deuxième : la capacité de Prasad à reconstituer l'équipe d'IA partie chez DeepMind. Sans cerveaux, pas de physical AI. L'entreprise mise d'ailleurs sur son réseau académique dans la région de Boston pour recruter.
Le troisième, plus discret : la friction sociale. En Corée, le syndicat des métallos a déclenché des débrayages après l'annonce de milliers d'Atlas dans les usines Hyundai, décrits comme la première grève provoquée par des robots humanoïdes.
La question de l'emploi va suivre chaque déploiement, et c'est l'angle mort favori des prévisions financières. Elle rejoint directement nos analyses sur la ruée des investissements vers la robotique.
La leçon est simple. Quand une entreprise de robots choisit un patron d'IA, elle ne nous dit pas que les robots deviennent plus intelligents. Elle nous dit que le robot n'est plus que la moitié du produit. L'autre moitié, invisible, c'est le logiciel qui décide. Et cette moitié-là vient désormais chercher les commandes.
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Sources principales :
- The Robot Report – Boston Dynamics appoints former Amazon exec Rohit Prasad as new CEO
Prasad devient le troisième PDG de Boston Dynamics ; sa mission est d'accélérer la stratégie « physical AI » et la commercialisation à grande échelle. (therobotreport.com) - Fortune – Amazon CEO Andy Jassy announces departure of AI exec Rohit Prasad in leadership shakeup
Prasad a quitté Amazon fin 2025, après que l'entreprise eut peiné à prouver que son IA interne rivalisait avec celle des concurrents. (fortune.com) - News Directory 3 – Boston Dynamics Names Former Amazon AI Chief Rohit Prasad as New CEO
Prasad arrive avec un bagage d'intelligence artificielle plutôt que de robotique, alors que l'entreprise passe des vidéos virales à la fabrication de masse. (newsdirectory3.com) - Gizmodo – Amid Its Big Humanoid Robot Rollout, an Ex-Amazon AI Chief Will Now Lead Boston Dynamics
L'entreprise a traversé un « exode de la direction » et ne produisait que quatre Atlas par mois selon Semafor. (gizmodo.com) - Semafor – Exclusive: C-suite exodus at Boston Dynamics
Départ du PDG, du directeur des opérations, du directeur de la stratégie et du directeur technique, ce dernier parti chez Google DeepMind sous la pression du conseil. (semafor.com) - 24/7 Wall St. – Robots Everywhere: Goldman Sachs Now Sees 6.5 Million Humanoid Robots by 2035
Goldman Sachs prévoit 75 000 humanoïdes livrés en 2026, 890 000 en 2030 et 6,5 millions en 2035, pour un marché de 138 milliards de dollars. (247wallst.com) - Bloomberg – Boston Dynamics Taps Amazon Alexa Executive as New CEO
Hyundai prévoit de déployer Atlas dans son usine de Géorgie dès 2028 et de bâtir une capacité pouvant atteindre 30 000 humanoïdes par an. (bloomberg.com) - Entrepreneur.com – Humanoid Robots Are Coming to Work. Here’s What You Need to Know Now.
Chaque grand constructeur automobile, sauf Tesla, s'est allié à un spécialiste des humanoïdes : Hyundai avec Boston Dynamics, Mercedes avec Apptronik, BMW avec Figure, Toyota avec Agility. (entrepreneur.com) - The Robot Report – Boston Dynamics CEO Robert Playter steps down
Playter est parti en février 2026, après plus de trente ans dans l'entreprise. Depuis, c'est la directrice financière Amanda McMaster qui assurait l'intérim. (therobotreport.com)