+336 % en un an pour IonQ : l'ordinateur quantique devient une affaire en or

IonQ a facturé 173,8 millions de dollars en un trimestre et vise plus d'un demi-milliard en 2026. Pourtant, près de la moitié de ce chiffre vient d'une usine de puces rachetée et l'entreprise perd toujours de l'argent.

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+336 % en un an pour IonQ : l'ordinateur quantique devient une affaire en or
© Posthumain

Entre juillet et septembre 2025, IonQ avait encaissé 39,9 millions de dollars. Sur la même période de 2026, l'entreprise en a facturé 173,8 millions. En un seul trimestre, elle a gagné plus que pendant toute l'année 2025.

IonQ est une entreprise américaine cotée à la Bourse de New York. Elle construit des ordinateurs quantiques à ions piégés (des atomes électriquement chargés, maintenus en suspension par des champs électriques, qui servent de qubits, l'unité de base du calcul quantique).

Ses résultats du troisième trimestre 2026, publiés le 5 novembre, affichent une hausse de 336 % sur un an [1].

Cet article porte sur ces chiffres et sur ce qu'ils disent du marché, pas sur la physique des machines. La question est simple : l'ordinateur quantique commercial rapporte-t-il enfin de l'argent, ou ce pourcentage cache-t-il autre chose ? La réponse tient dans le détail des comptes.

Dans cet article :

  • 173,8 millions de dollars en trois mois : le quantique change d'échelle
  • Le détail qui change tout : près de la moitié vient d'une usine de puces
  • Des machines vendues jusqu'à fin 2027, des pertes bien réelles
  • Ce qu'il faut surveiller avant de parler de révolution

173,8 millions de dollars en trois mois : le quantique change d'échelle

IonQ revendique un sixième trimestre record d'affilée. Les analystes de Wall Street attendaient environ 141,6 millions de dollars de chiffre d'affaires. L'entreprise a dépassé ce consensus de plus de 30 millions et son action a gagné autour de 4 % dans les échanges après la clôture [2].

L'entreprise a aussi relevé sa prévision annuelle : elle vise désormais 505 à 515 millions de dollars de chiffre d'affaires en 2026, contre 450 à 460 millions annoncés en septembre. En février, elle tablait encore sur 225 à 245 millions, après une année 2025 bouclée à 130 millions [3].

Il y a neuf mois, IonQ se présentait comme la première entreprise quantique à dépasser 100 millions de dollars de revenus annuels. Elle promet aujourd'hui plus d'un demi-milliard. Aucun de ses concurrents cotés n'approche cette échelle.

L'écart avec ses rivaux donne le vertige. Au deuxième trimestre 2026, IonQ a facturé 80,1 millions de dollars quand Rigetti Computing (concurrent basé à Berkeley, en Californie, coté au Nasdaq) en déclarait 5,14 millions [4]. Les deux entreprises vendent le même rêve, mais pas dans les mêmes proportions.

À l'échelle du secteur, McKinsey estime que les entreprises du calcul quantique ont dépassé ensemble le milliard de dollars de revenus en 2025, et pourraient atteindre jusqu'à 4,4 milliards en 2028 [5]. Rapportée à ces montants, la prévision d'IonQ montre à quel point ce marché reste réduit et concentré.

Le détail qui change tout : près de la moitié vient d'une usine de puces

Les 173,8 millions additionnent deux métiers très différents. La division IonQ Platform, qui regroupe les ordinateurs quantiques et les autres produits quantiques maison, a réalisé 90,3 millions de dollars, en hausse de 127 %. La division SkyWater Foundry Services, une usine de semi-conducteurs, a apporté 83,5 millions [6].

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Diagramme en barres : au 3e trimestre 2026, la division IonQ Platform a réalisé 90,3 millions de dollars et la fonderie SkyWater 83,5 millions.
Près de la moitié du chiffre d'affaires trimestriel d'IonQ provient de la fonderie SkyWater, rachetée et consolidée depuis le 31 juillet 2026, soit deux mois sur le trimestre. – Source : IonQ, communiqué de résultats du 3e trimestre 2026 (5 novembre 2026). © Posthumain

SkyWater Technology, qui se présente comme la plus grande fonderie américaine indépendante, a été rachetée pour 1,8 milliard de dollars. IonQ n'intègre ses comptes que depuis le 31 juillet 2026 [7]. Les 83,5 millions ne couvrent donc que deux mois d'activité. Le prochain trimestre en comptera trois.

Une fonderie fabrique des puces pour le compte d'autres entreprises, qui n'ont ainsi pas à construire leur propre usine. SkyWater produit pour IonQ, mais aussi pour des concurrents. Elle vient de signer Qolab, une jeune entreprise fondée par le prix Nobel de physique John Martinis, et ses revenus tirés de clients quantiques extérieurs ont progressé de plus de 30 % [8].

Conséquence : la hausse de 336 % n'est pas une croissance organique (c'est-à-dire obtenue sans racheter d'entreprises). Le chiffre à retenir est ailleurs. IonQ prévoit que ses revenus tirés du seul calcul quantique progresseront de 110 % sur l'année 2026, et sa division quantique a plus que doublé en un an.

Le rachat n'est pas qu'une opération comptable. Le Superion 256, sixième génération d'ordinateur d'IonQ présentée en septembre 2026, est le premier système doté d'un processeur quantique de 256 qubits entièrement fabriqué par SkyWater [9]. IonQ contrôle désormais toute la chaîne, de la puce à la machine livrée.

Des machines vendues jusqu'à fin 2027, des pertes bien réelles

Côté demande, les signaux sont solides. Les obligations de prestation restantes (les contrats signés mais pas encore facturés) ont plus que doublé pour atteindre 1,2 milliard de dollars. Devant les analystes, la direction a indiqué que les Superion 256 étaient déjà tous vendus pour 2027 [10].

Sur environ 290 millions de dollars de nouveaux contrats signés par la division quantique, quelque 180 millions concernent des ordinateurs. Parmi les acheteurs récents figurent l'Université internationale de Floride (25 millions pour un Superion 256), le groupe SDT (33 millions) et Nvidia, qui installera une machine en 2027 dans son centre de recherche quantique de Boston.

Le Pentagone suit aussi. La DARPA, l'agence de recherche militaire américaine, a retenu IonQ pour l'étape C, la dernière, de son Quantum Benchmarking Initiative (un programme qui vérifie qui peut bâtir un ordinateur quantique réellement utile).

Le contrat peut atteindre 300 millions de dollars jusqu'en 2029, mais ce plafond dépend des futurs budgets votés [11]. IonQ y côtoie notamment IBM, dont nous avons détaillé le passage à l'étape C. Ce label du ministère de la Défense ne garantit aucune vente, mais il installe IonQ dans le cercle restreint des constructeurs que l'État américain prend au sérieux.

Le revers apparaît dans le rapport trimestriel déposé auprès de la SEC, le gendarme boursier américain. Sur un an, le coût des revenus est passé de 21,3 à 135,8 millions de dollars (+539 %), quand le chiffre d'affaires grimpait de 39,9 à 173,8 millions [12].

Les coûts ont donc augmenté plus vite que les ventes, en partie parce que l'usine SkyWater entre désormais dans les comptes.

Barres groupées : le chiffre d'affaires d'IonQ passe de 39,9 à 173,8 millions de dollars entre les 3es trimestres 2025 et 2026, et le coût des revenus de 21,3 à 135,8 millions.
Les ventes d'IonQ ont été multipliées par plus de quatre en un an, mais le coût des revenus a grimpé encore plus vite (+539 %). – Source : IonQ, formulaire 10-Q déposé auprès de la SEC (3e trimestre 2026). © Posthumain

Les dépenses de recherche ont plus que doublé, à 141,7 millions de dollars sur le trimestre. Résultat : une perte de 133,6 millions en EBITDA ajusté (un indicateur maison qui mesure la rentabilité de l'activité avant amortissements, impôts et éléments exceptionnels).

Le communiqué affiche pourtant un bénéfice net de 564 millions de dollars. Ce gain est purement comptable : il vient de la variation de valeur des bons de souscription (warrants, des titres qui donnent le droit d'acheter des actions à un prix fixé), sans aucun dollar encaissé [6].

Pour financer cette course, IonQ a levé 2 milliards de dollars en actions à la mi-octobre, ce qui porte sa trésorerie à 3,7 milliards. Le jour de la clôture de cette levée, annoncée avec le rachat de la société de cybersécurité Elisity payé 1,15 milliard en actions, le titre a chuté de 8,94 % [13].

Chaque levée et chaque rachat payé en titres dilue la part des actionnaires existants : le même gâteau est découpé en davantage de parts. Avant la publication des résultats, l'action IonQ avait perdu environ 37 % depuis janvier [4].

Ce qu'il faut surveiller avant de parler de révolution

IonQ prouve qu'on peut vendre des ordinateurs quantiques par dizaines de millions de dollars. Elle ne prouve pas encore que ces machines rapportent à leurs acheteurs plus qu'elles ne leur coûtent. Entre ces deux réalités, quatre indicateurs permettent de suivre la suite sans se laisser aveugler par les pourcentages.

La croissance hors rachats

Au quatrième trimestre, SkyWater sera intégrée sur trois mois pleins : le chiffre global grimpera mécaniquement. Le seul indicateur qui mesure la demande en machines reste la croissance du calcul quantique, annoncée à 110 % pour 2026. Le prochain communiqué dira si cet objectif est tenu.

IonQ a enchaîné les acquisitions en 2026, de SkyWater à Elisity en passant par Nexus. Chaque rachat gonfle le chiffre d'affaires publié. Un communiqué qui met en avant le total sans le détail par division appelle donc une lecture prudente.

Les livraisons de 2027

Une production vendue d'avance est une bonne nouvelle et aussi une contrainte. Chez les fabricants de machines quantiques, le chiffre d'affaires dépend souvent de la livraison et de la mise en service chez le client. Si l'usine ou l'installation prend du retard, le carnet de commandes attend. La direction juge cette limite de capacité temporaire.

Le jalon le plus visible sera l'installation du Superion 256 chez Nvidia, où la machine sera reliée directement aux supercalculateurs d'IA du groupe. Si ce couplage tient ses promesses, IonQ disposera d'une vitrine technique que peu de concurrents peuvent revendiquer.

L'utilité réelle des machines

Parmi les clients cités ce trimestre figurent surtout des universités, des centres de recherche et des agences publiques. Ils achètent une capacité d'expérimentation.

Pour la plupart des applications pratiques, l'avantage quantique (le moment où une machine quantique fait mieux que n'importe quel ordinateur classique sur une tâche utile) n'a pas encore été démontré [14].

Certains grands utilisateurs ont même levé le pied. La banque Goldman Sachs a réduit son programme quantique après des travaux internes concluant à des applications pratiques limitées à court terme. L'horizon commercial reste estimé entre cinq et dix ans [15].

La DARPA s'est d'ailleurs donné jusqu'en 2033 pour juger si un ordinateur quantique économiquement utile est faisable. D'ici là, l'argent vient aussi d'activités moins spectaculaires : la fabrication de puces pour les autres, et la sécurité informatique.

C'est le sens du rachat d'Elisity et des contrats de cryptographie post-quantique (des méthodes de chiffrement conçues pour résister aux futurs ordinateurs quantiques). Les entreprises n'attendent pas la machine capable de casser leurs codes pour se protéger, comme le rappelle notre article sur les 22 000 qubits qui menacent le chiffrement bancaire.

Le vrai test : la rentabilité

Le dernier indicateur est le plus simple à suivre : l'écart entre le bénéfice publié et l'EBITDA ajusté. Tant que le premier dépend des bons de souscription et que le second reste dans le rouge de plus de 100 millions par trimestre, IonQ finance sa croissance avec l'argent de ses actionnaires.

L'ordinateur quantique est donc devenu une réalité financière au sens strict : des contrats, des livraisons, des factures. Il ne l'est pas encore au sens économique, celui où les clients gagnent plus qu'ils ne dépensent. IonQ a pris une longueur d'avance sur la première étape. La seconde se jouera sur les livraisons de 2027.

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Sources principales :

  1. IonQ (formulaire 8-K, SEC) – IonQ Announces Record 3Q26 Revenues and Raises FY2026 Guidance to $505 - $515 Million as Backlog Grows to $1.2 Billion
    Chiffre d'affaires de 173,8 M$ au 3e trimestre 2026 (+336 %), prévision annuelle relevée à 505-515 M$, perte d'EBITDA ajusté de 133,6 M$. (sec.gov)
  2. Benzinga – IonQ Tops Estimates in Q3, Raises 2026 Outlook
    Chiffre d'affaires supérieur au consensus de 141,63 M$ ; action en hausse d'environ 4 % après la clôture. (benzinga.com)
  3. IonQ (formulaire 8-K, SEC) – IonQ Announces Fourth Quarter and Full Year 2025 Financial Results
    Chiffre d'affaires 2025 de 130 M$, première entreprise quantique au-delà de 100 M$ ; prévision initiale 2026 de 225 à 245 M$. (sec.gov)
  4. BigGo Finance – IonQ and Rigetti Slide Into Earnings as Analysts Split on Which Quantum Bet Pays Off
    Chiffre d'affaires du 2e trimestre 2026 : 80,1 M$ pour IonQ, 5,14 M$ pour Rigetti ; recul de 37,22 % de l'action IonQ depuis janvier. (finance.biggo.com)
  5. McKinsey – Three horizons of quantum: A business road map to the future computing economy
    Les entreprises du calcul quantique ont dépassé 1 Md$ de revenus cumulés en 2025, jusqu'à 4,4 Md$ attendus en 2028. (mckinsey.com)
  6. The Quantum Insider – IonQ Raises Revenue Forecast as Quarterly Sales Climb to $173.8 Million
    Répartition entre IonQ Platform (90,3 M$) et SkyWater (83,5 M$) ; bénéfice net de 564 M$ lié à la réévaluation des bons de souscription. (thequantuminsider.com)
  7. IonQ (formulaire 8-K, SEC) – IonQ Announces Increased Full-Year 2026 Financial Outlook Following SkyWater Acquisition
    Prévision 2026 portée à 450-460 M$, incluant SkyWater à partir du 31 juillet 2026, date du rachat. (sec.gov)
  8. The Next Web – IonQ's revenue quadruples to $173.8M as it lifts its 2026 forecast to $515M
    Près de la moitié du trimestre provient de SkyWater, qui a signé Qolab, fondée par le prix Nobel John Martinis. (thenextweb.com)
  9. DatacenterDynamics – IonQ to deploy first quantum computer at Nvidia's Accelerated Quantum Research Center
    Le Superion 256, lancé en septembre 2026, embarque un processeur de 256 qubits fabriqué par SkyWater ; installation chez Nvidia en 2027. (datacenterdynamics.com)
  10. Benzinga – IonQ Q3 2026 Earnings Call Transcript
    Superion 256 vendus pour 2027 ; environ 180 M$ sur 290 M$ de nouveaux contrats liés aux ordinateurs quantiques. (benzinga.com)
  11. PostQuantum – DARPA Advances Four More Quantum Companies to Stage C
    Accord d'étape C d'une valeur maximale de 300 M$ jusqu'en 2029, financement conditionné aux futurs crédits budgétaires. (postquantum.com)
  12. IonQ (formulaire 10-Q, SEC) – Rapport trimestriel au 30 septembre 2026
    Coût des revenus de 135,8 M$ (+539 %) contre 21,3 M$ un an plus tôt ; dépenses de recherche de 141,7 M$. (sec.gov)
  13. TipRanks – IonQ (IONQ) Stock: $2B Raise and Elisity Deal Bring Major Dilution Risks
    Action en baisse de 8,94 % le 16 octobre après la levée de 2 Md$ et le rachat d'Elisity pour 1,15 Md$ en actions. (tipranks.com)
  14. Phys.org – Quantum advantage reassessed: More realistic benchmarks for quantum algorithms
    Pour de nombreuses applications pratiques, l'avantage quantique n'a pas encore été démontré. (phys.org)
  15. The Quantum Insider – Quantum Computing Applications: 8 Use Cases by Industry
    Goldman Sachs a réduit son programme quantique ; horizon commercial estimé entre 5 et 10 ans. (thequantuminsider.com)
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