Vos conversations ChatGPT transmises à des avocats : ce que le procès OpenAI–New York Times change

Un tribunal américain a obligé OpenAI à livrer 20 millions de conversations ChatGPT aux avocats du New York Times. Voici ce que ça change concrètement pour vous et comment limiter la casse.

Vos conversations ChatGPT transmises à des avocats : ce que le procès OpenAI–New York Times change
© Posthumain

Vous avez raconté vos angoisses, votre santé, votre divorce ou la stratégie confidentielle de votre boîte à ChatGPT. Vingt millions de ces échanges viennent d'atterrir entre les mains d'avocats, sur décision d'un tribunal fédéral américain.

Ce n'est pas une fuite ni un piratage. C'est une procédure judiciaire tout ce qu'il y a de plus légale, dans le procès qui oppose le New York Times à OpenAI.

Et le principe qu'elle établit vous concerne, même si votre conversation n'a jamais parlé du moindre article de presse. On vous explique ce qui s'est passé, ce qui est réellement en jeu, et ce que vous pouvez faire dès maintenant.

Précisons le périmètre tout de suite : on parle ici du ChatGPT grand public (comptes gratuit, Plus et Pro), le service de conversation d'OpenAI lancé fin 2022. Les comptes professionnels (ChatGPT Enterprise, Edu, Business) et l'API destinée aux développeurs sont exclus de cette affaire.

Dans cet article :

  • Comment 20 millions de conversations ont fini devant un juge
  • Pourquoi c'est vous et pas seulement les pirates du paywall
  • Le nouveau round : OpenAI accusé de cacher des preuves
  • « Anonymisé » ne veut pas dire « introuvable »
  • La stratégie Posthumain

Comment 20 millions de conversations ont fini devant un juge

Tout part d'un procès en violation du droit d'auteur. Le New York Times accuse OpenAI d'avoir entraîné ChatGPT sur ses articles sans autorisation. Pour le prouver, ses avocats veulent fouiller dans les conversations réelles des utilisateurs, à la recherche de passages où l'IA recracherait leur journalisme.

Le bras de fer sur le volume a été spectaculaire. Le journal a d'abord réclamé 1,4 milliard de conversations, avant qu'OpenAI ne fasse reculer cette demande par la voie judiciaire [1]. Les plaignants ont ensuite demandé un échantillon de 120 millions ; OpenAI a contre-proposé 20 millions, en jugeant que c'était « largement suffisant » [2].

Graphique en barres montrant le volume de conversations ChatGPT réclamé puis produit : 1,4 milliard demandé au départ, ramené à 120 millions, contre-proposition OpenAI à 20 millions, 20 millions finalement remis.
Le bras de fer sur le nombre de conversations : de 1,4 milliard réclamé à l'origine à 20 millions finalement remis aux plaignants. Échelle logarithmique. – Source : OpenAI (blog officiel), eWeek et National Law Review, 2025-2026. © Posthumain

Les deux parties étaient d'accord sur ces 20 millions. Puis OpenAI a changé de cap en octobre 2025, proposant de ne livrer que les échanges repérés par mots-clés. La juge d'instruction Ona Wang a refusé ce revirement et le juge de district Sidney Stein a confirmé l'ordre en janvier 2026 : OpenAI doit remettre tout l'échantillon, pas seulement les morceaux triés [3].

Le raisonnement du tribunal mérite d'être compris, car il est le vrai sujet. Même les conversations qui ne contiennent aucun article du New York Times sont pertinentes, a estimé le juge, parce qu'elles éclairent la « défense de fair use » (l'usage loyal, argument juridique qu'OpenAI invoque pour justifier l'entraînement).

Pour savoir si l'IA concurrence les médias, il faut regarder ce qu'elle produit sur un large éventail de questions.

Pourquoi c'est vous et pas seulement les pirates du paywall

OpenAI a vendu l'affaire comme une chasse aux fraudeurs. Selon l'entreprise, le New York Times prétend surtout chercher des exemples d'utilisateurs se servant de ChatGPT pour contourner son mur paywall [1]. Sauf que l'échantillon, lui, a été tiré au hasard.

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Les 20 millions de conversations ont été prélevées aléatoirement parmi les échanges de décembre 2022 à novembre 2024, précise OpenAI. Autrement dit : n'importe qui ayant utilisé le ChatGPT grand public dans cette fenêtre pouvait s'y retrouver, sans avoir jamais évoqué le moindre média.

Et le nombre de personnes potentiellement exposées au principe posé est vertigineux. ChatGPT est passé de 400 millions d'utilisateurs hebdomadaires début 2025 à environ 900 millions mi-2026 [4]. La question posée par ce dossier touche donc une part énorme de la population connectée.

Courbe de la croissance des utilisateurs actifs hebdomadaires de ChatGPT : 400 millions en février 2025, 800 millions à l'automne 2025, environ 900 millions mi-2026.
La population concernée par le principe posé : ChatGPT est passé de 400 millions d'utilisateurs hebdomadaires début 2025 à environ 900 millions mi-2026. – Source : OpenAI et Reuters (rapportés par TechCrunch), 2025-2026. © Posthumain

Le point le plus dérangeant est le silence. Les utilisateurs dont les conversations ont été incluses n'ont reçu aucune notification et n'ont eu aucune possibilité de s'y opposer. On l'apprend après coup, comme tout le monde.

Le patron d'OpenAI lui-même avait tiré la sonnette d'alarme dès l'été 2025. Sam Altman expliquait que les gens confient à ChatGPT « les choses les plus personnelles de leur vie », l'utilisant comme thérapeute ou coach, sans qu'existe le moindre secret professionnel équivalent à celui d'un médecin ou d'un avocat [5].

Il réclame depuis une forme de « privilège de l'IA », qui n'existe toujours pas. C'est exactement la même tension qu'on retrouve dans notre analyse de l'IA au travail : plus l'outil devient intime, plus la question de ce qu'il retient de nous devient brûlante.

Le nouveau round : OpenAI accusé de cacher des preuves

L'affaire vient de connaître un rebondissement. Le New York Times et le Daily News accusent désormais OpenAI d'avoir menti sur sa capacité à fouiller ses propres données de conversation et d'entraînement [6].

Pendant tout le procès, OpenAI a soutenu qu'il lui était techniquement impossible ou trop lourd de rechercher dans son corpus. Une déposition aurait révélé l'inverse : dès avant le dépôt de la plainte, l'entreprise avait constitué une base d'environ 78 millions de conversations dé-identifiées pour évaluer en interne à quel point elle enfreignait les œuvres d'autrui [6].

Autre grief : l'échantillon de 20 millions livré en décembre aurait été tellement caviardé qu'il en devenait « inutilisable », selon les termes du tribunal. Les plaignants affirment aussi qu'OpenAI a supprimé des milliards de sorties ChatGPT après le dépôt de plainte, en violation de l'ordre de conservation.

OpenAI dément fermement. Son porte-parole Drew Pusateri accuse le New York Times de vouloir violer la vie privée de gens « qui n'ont rien à voir avec cette affaire » à mesure que son dossier s'affaiblit [6]. Les plaignants, eux, demandent au juge de sanctionner l'entreprise et de faire payer les frais de justice.

« Anonymisé » ne veut pas dire « introuvable »

Le tribunal s'appuie sur trois garde-fous : la réduction de l'échantillon, la dé-identification par OpenAI, et une ordonnance de protection réservant l'accès aux avocats et experts. Sur le papier, vos données sont anonymisées et ne peuvent pas être rendues publiques.

Le problème, c'est que l'anonymisation à grande échelle tient mal sur des conversations d'IA. Quand le Washington Post a examiné 47 000 logs ChatGPT (historiques de conversation) exposés lors d'une fuite distincte, il y a trouvé adresses e-mail, numéros de téléphone et détails intimes permettant d'identifier des individus même sans leur nom [7].

La raison est humaine. On décrit ses symptômes avant de demander un avis médical, on donne le contexte de son travail avant un conseil professionnel, on mentionne des lieux, des relations, des circonstances. Ces détails rendent la ré-identification triviale, bien plus qu'avec un simple e-mail ou une recherche Google.

Un précédent juridique est désormais posé et il dépasse largement OpenAI. Un tribunal fédéral a ordonné à un fournisseur d'IA de sortir 20 millions de conversations d'utilisateurs et de les remettre à une partie adverse. C'est le nouveau profil de risque pour toute l'industrie, de Anthropic à Perplexity, comme on l'observait déjà dans notre enquête sur la dépendance à ChatGPT.

La stratégie Posthumain

Voici la nouvelle règle du jeu, valable bien au-delà de ce procès : une conversation avec une IA grand public n'est pas un échange privé protégé, c'est un document d'entreprise susceptible d'être exigé en justice.

Le juge Stein l'a dit clairement en distinguant votre cas de celui d'écoutes téléphoniques : les utilisateurs de ChatGPT ont « volontairement soumis » leurs échanges à OpenAI [3].

Bonne nouvelle : vous n'êtes pas démuni. Les réglages existent, ils sont juste mal connus et mal placés. Voici comment reprendre la main, par profil d'usage.

Pour l'usage quotidien, sans paranoïa

Le premier geste prend trente secondes. Sur un compte personnel, le partage de vos conversations pour l'entraînement est activé par défaut : direction Réglages, puis Contrôles des données, et désactiver « Améliorer le modèle pour tout le monde » [8].

Attention à ne pas surestimer ce bouton. Il empêche l'usage futur des échanges pour entraîner les modèles, mais il ne supprime rien du passé, n'empêche pas la transmission aux serveurs, et ne stoppe pas la conservation à des fins de sécurité, qui peut durer trente jours. Ce n'est pas un bouclier, c'est un plancher.

Pour les sujets sensibles, la vraie question

C'est là que se joue tout ce qui compte. Vous êtes sur le point de taper une question sur votre santé mentale, un litige en cours, un problème financier ou un document confidentiel de votre employeur. Le réflexe qui protège vraiment n'est pas celui que la plupart des gens croient, et il ne se résume pas à effacer la conversation après coup.

Ce qui suit, c'est la combinaison précise de réglages et d'arbitrages à activer selon le degré de sensibilité de ce que vous tapez, et le seul mode qui protège même quand vous avez oublié de toucher à vos paramètres.

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