Microsoft écarte ChatGPT et Claude d'Excel et Outlook au profit de ses propres IA
Pour réduire sa facture, Microsoft bascule discrètement Excel et Outlook vers ses modèles maison, moins chers. Même prix mais IA potentiellement plus faible : voici comment garder la main.
Vous tapez une demande dans Excel ou Outlook, l'assistant répond, et vous supposez que le cerveau derrière est le meilleur du marché. Cette hypothèse vient de devenir fausse, sans que rien ne change à l'écran.
Microsoft a commencé à remplacer les modèles d'OpenAI et d'Anthropic par ses propres IA maison dans plusieurs produits Copilot, à commencer par Excel et Outlook. Le but affiché : couper ses coûts. Le prix qu'on paie, lui, ne change pas.
Précisons le périmètre tout de suite, car les noms se ressemblent. On parle ici de Copilot, l'assistant IA de Microsoft intégré à la suite bureautique Microsoft 365 (Excel, Outlook, Word, Teams). Pas de ChatGPT, l'application grand public d'OpenAI, qui est un produit distinct. Le changement concerne le moteur invisible qui répond aux requêtes, pas l'interface.
Dans cet article :
- Le basculement discret que Microsoft n'a jamais annoncé
- « Éliminer ce coût » : la vraie raison, dite tout haut
- Un modèle maison vaut-il l'original ? Ce que disent les tests
- Vous n'êtes pas seul : la grande cure d'austérité de l'IA
- La stratégie Posthumain : garder la main sur ses outils
Le basculement discret que Microsoft n'a jamais annoncé
L'information vient de l'agence de presse Bloomberg, reprise ensuite par toute la presse spécialisée. Des dizaines de milliers de requêtes par semaine dans Excel et Outlook sont désormais traitées par les modèles maison de Microsoft, baptisés MAI, alors que ces deux applications s'appuyaient auparavant davantage sur OpenAI et Anthropic [1].
Un modèle, ici, c'est le programme d'IA qui génère la réponse. Jusqu'ici, Copilot louait surtout ceux d'OpenAI (la société derrière ChatGPT) et d'Anthropic (celle derrière l'assistant Claude). Microsoft fabrique maintenant les siens et les glisse à la place, tâche par tâche.
Le mouvement reste partiel. Ces modèles maison ne traitent encore qu'une petite fraction du volume total, puisque Copilot avale des millions de requêtes chaque semaine [2]. Mais la direction est claire : Microsoft veut continuer à réduire sa dépendance aux modèles tiers.
Le plus frappant tient au silence. Pour l'immense majorité des personnes qui utilisent Word, Excel ou Outlook, ce changement est invisible : l'interface de Copilot ne change pas, seul le modèle en dessous change [3]. On ne reçoit aucune notification quand la requête part vers un modèle différent.
« Éliminer ce coût » : la vraie raison, dite tout haut
Le patron de Microsoft AI, Mustafa Suleyman, n'a pas caché la logique. En juin, il a résumé l'objectif sans détour : réduire puis supprimer ce que l'entreprise verse à Anthropic. « Nous versons des sommes importantes à Anthropic ; notre objectif est donc de réduire, puis à terme d'éliminer, ce coût », a-t-il déclaré à Bloomberg [4].
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Pourquoi cette urgence ? Parce que louer de l'IA coûte cher à l'échelle de Microsoft. Le tarif public d'OpenAI pour son modèle GPT-5.5 s'établit à environ 5 dollars par million de tokens (ou jetons) en entrée et 30 dollars par million en sortie (un token étant l'unité de facturation de l'IA, en gros un fragment de mot) [2]. Multipliez par des milliards de tokens chaque semaine et la facture devient un problème.
Ce prix de la location explique tout le reste. Les tarifs de Claude, chez Anthropic, sont d'un ordre comparable pour le modèle Sonnet, et c'est précisément ce coût récurrent que Suleyman veut faire disparaître de ses comptes.

Il y a aussi une horloge qui tourne. Grâce à son partenariat historique, Microsoft accède aux modèles d'OpenAI à prix réduit, mais cet accord expire en 2032 [2]. Après cette date, il faudrait renégocier ou payer plein tarif. Fabriquer ses propres modèles maintenant, c'est se préparer à ce jour-là.
L'ironie n'échappe à personne. C'est le même Microsoft qui, il y a peu, dénonçait la dépendance excessive à un seul fournisseur d'IA et se présentait comme une plateforme neutre [4]. La neutralité, ici, a surtout le visage d'une réduction de coûts.
Un modèle maison vaut-il l'original ? Ce que disent les tests
C'est la vraie question. Un modèle moins cher pour Microsoft est-il un modèle moins bon pour son tableur ? Microsoft affirme que non. Lors de sa conférence Build en juin, l'entreprise a dévoilé sept nouveaux modèles maison, dont MAI-Thinking-1, son premier modèle de raisonnement [5].
Sur le papier, les chiffres impressionnent. Microsoft revendique 97 % de réussite sur AIME 2025 et 94,5 % sur AIME 2026 (deux tests de raisonnement mathématique), et un score qui place le modèle au niveau de Claude Opus 4.6 sur SWE-Bench Pro, l'un des tests de programmation les plus durs [5].

Deux réserves majeures s'imposent pourtant. D'abord, ce sont des tests réalisés par Microsoft ou commandés par lui, et non par des laboratoires indépendants qui les auraient reproduits [6]. Dans l'IA, un résultat maison qui n'a pas été vérifié de l'extérieur s'effondre parfois une fois confronté au réel.
Ensuite, la comparaison est piégée. MAI-Thinking-1 se mesure à Opus 4.6, un modèle de la génération précédente d'Anthropic. Or l'entreprise a déjà sorti deux modèles plus avancés depuis. Suleyman lui-même reconnaît un retard de plusieurs mois, tout en assurant avoir comblé un écart énorme en six mois [7].
Le vrai levier de Microsoft n'est donc pas la performance brute, mais l'efficacité. L'entreprise assure qu'un de ses modèles, ajusté pour le cabinet de conseil McKinsey, a dépassé GPT-5.5 avec une efficacité de coût dix fois meilleure [7].
Traduction : à qualité proche, dix fois moins cher à faire tourner. C'est là que se joue la partie, comme dans le cas où Ford a remplacé son expérience humaine par des outils automatisés avant de devoir revenir en arrière à prix d'or.
Vous n'êtes pas seul : la grande cure d'austérité de l'IA
Ce basculement n'est pas une lubie de Microsoft. C'est le symptôme d'un retournement général. Après une année où les entreprises poussaient leurs équipes à utiliser l'IA à fond, la mode est désormais à l'économie de tokens, surnommée « tokenmining » par la presse spécialisée [8].
Les exemples s'accumulent. Uber a épuisé la totalité de son budget IA 2026 dès le mois d'avril, et plafonne maintenant chaque salarié à 1 500 dollars par mois et par outil [8]. Meta pousse ses ingénieurs vers son assistant interne plutôt que vers Claude. Amazon, Walmart et d'autres ont posé des limites similaires.
La cause est technique autant que financière. Les agents IA, ces programmes qui enchaînent des tâches en autonomie, consomment beaucoup plus de tokens qu'un simple échange de questions-réponses. La facture grimpe d'autant plus vite que ces outils se répandent, un phénomène qui touche aussi ceux qui bâtissent des automatisations pilotées par l'IA.
La leçon est directe : quand tout le secteur cherche à rogner sur le coût de l'inférence (le moment où l'IA calcule sa réponse), l'arbitrage se fait souvent dans son dos. Le modèle qui répond à la requête devient une variable d'ajustement budgétaire, pas un choix de qualité affiché.
La stratégie Posthumain : garder la main sur ses outils
Voici le vrai risque et il est plus subtil qu'un simple « c'est moins bon ». Microsoft n'a annoncé aucun changement de prix lié au déploiement de ses modèles maison, et pour la plupart des utilisateurs le basculement reste invisible [3]. On pourrait donc voir la qualité d'une réponse évoluer sans jamais savoir pourquoi.
Pire : le scénario évoqué par la presse est que les modèles maison, moins chers, deviennent le réglage par défaut, tandis que ceux d'OpenAI ou d'Anthropic passeraient en option payante supplémentaire [4]. Le meilleur de l'IA deviendrait alors un supplément, comme les bagages en soute.
Concrètement, cela veut dire qu'une tâche que Copilot réussissait très bien le trimestre dernier peut se dégrader en silence, au fil d'un changement de modèle décidé pour des raisons de coût [3]. Et personne n'enverra d'avertissement.
La question qui reste, celle qui décide si les outils vont vraiment en pâtir, est donc simple : que peut-on faire, précisément, pour ne pas subir ce changement sans le voir venir ?
Il existe une poignée de gestes concrets, dans un ordre précis, pour reprendre la main sur le modèle qui travaille pour vous – et un réglage que presque personne ne pense à vérifier…