Starship : SpaceX frôle le sans-faute, à un propulseur près
Le vaisseau géant a largué ses premiers vrais satellites et amerri intact dans l'océan Indien. Seul le propulseur a raté son atterrissage, et Musk veut déjà attraper le vaisseau en plein vol au prochain tir.
Une fusée de plus de 120 mètres qui bascule doucement sur l'océan Indien et flotte, intacte, en continuant d'envoyer des images. Voilà comment s'est terminé, le 24 juillet 2026, le treizième vol d'essai de Starship, le lanceur géant de SpaceX conçu pour aller sur la Lune et Mars.
Après deux tentatives avortées et des moteurs remplacés, la société d'Elon Musk a coché presque toutes les cases de sa liste. Presque : car si le vaisseau a réussi son retour, le premier étage, lui, a raté sa manœuvre finale.
Posons d'abord le vocabulaire, parce que le sujet mélange plusieurs objets aux noms proches. Starship désigne à la fois l'ensemble complet et l'étage supérieur, le « vaisseau ». En dessous se trouve Super Heavy, le propulseur (le premier étage, celui qui fournit la poussée au décollage). Les deux se séparent en vol et reviennent séparément.
Dans cet article :
- Ce que le vaisseau a réussi (et pourquoi c'est un cap)
- Le propulseur, la fausse note du jour
- Pourquoi SpaceX veut maintenant attraper le vaisseau en plein vol
- Ce qu'il faut vraiment surveiller sur les prochains vols
Ce que le vaisseau a réussi (et pourquoi c'est un cap)
Le décollage a eu lieu depuis Starbase, la base texane de SpaceX à Boca Chica, à 17 h 51 heure locale. Un peu plus d'une heure plus tard, le vaisseau amerrissait en douceur dans l'océan Indien, à l'ouest de l'Australie [1].
Le porte-parole de SpaceX Dan Huot a parlé en direct de l'amerrissage le plus doux jamais réussi avec un Starship. Le vaisseau s'est couché sur l'eau puis a flotté, au lieu de se désintégrer comme lors des vols précédents.
Ce détail n'est pas cosmétique. En restant entier, le vaisseau a permis d'inspecter son bouclier thermique (les tuiles qui le protègent de la chaleur extrême lors du retour dans l'atmosphère) et a continué à transmettre des images et des données bien après le contact avec l'eau [2].
Autre première : le vaisseau a largué 20 satellites Starlink V3, la nouvelle génération d'internet par satellite de SpaceX. C'était la première fois qu'un vol Starship déployait de vrais satellites opérationnels, et non des maquettes [3].
Six de ces satellites étaient équipés de caméras braquées sur le vaisseau, pour filmer l'état des tuiles pendant le vol. SpaceX a ainsi transformé une partie de sa cargaison en banc d'observation volant.
Le vaisseau a aussi réussi un rallumage moteur dans l'espace, une manœuvre indispensable pour freiner et sortir d'orbite lors des futures missions [4]. C'est la brique qui manquait au vol précédent, en mai.
Il faut rappeler l'échelle de la machine. Cette troisième version de Starship vise à emporter plus de 100 tonnes en orbite basse (la zone où gravitent la plupart des satellites, à quelques centaines de kilomètres d'altitude), soit environ trois fois la capacité de la version précédente, un bond que SpaceX construit vol après vol comme le montrent nos articles sur les paris technologiques démesurés du secteur.

Le propulseur, la fausse note du jour
Tout n'a pas été parfait. Le propulseur Super Heavy, après une séparation propre et un retournement réussi, devait ralentir sa chute grâce à un allumage d'atterrissage avant de toucher l'eau en douceur dans le golfe du Mexique [5].
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C'est là que ça a coincé. Sur les 13 moteurs prévus pour cette manœuvre, seuls 10 se sont rallumés, et environ 5 fonctionnaient encore au moment de l'impact. Résultat : un amerrissage bien plus dur que prévu.

SpaceX visait un contact plus doux, avec davantage de moteurs allumés. Le propulseur a tapé l'eau vite, ses caméras ont coupé, et l'engin a été perdu [6].
Il faut tout de même relativiser. Ce propulseur était de toute façon destiné à finir dans l'océan : SpaceX ne cherchait pas à le récupérer, mais à répéter la trajectoire d'un futur retour à la base. Un amerrissage dur reste une mine de données exploitables.
Et le contraste avec le vol de mai est net. Cette fois-là, le propulseur avait perdu le contrôle et s'était écrasé sans jamais réussir sa manœuvre de retour. Le rallumage partiel de juillet est un progrès, même imparfait.
Pourquoi SpaceX veut maintenant attraper le vaisseau en plein vol
Quelques heures après le vol, Elon Musk a annoncé la couleur pour la suite. SpaceX va tenter, dès le prochain vol, d'attraper le vaisseau en plein air avec les bras mécaniques de sa tour de lancement [7].
Ces bras, surnommés « Mechazilla », fonctionnent comme deux immenses baguettes qui se referment sur l'engin qui redescend. SpaceX a déjà réussi cette prise plusieurs fois avec le propulseur Super Heavy, dont la toute première en octobre 2024 [8].
Mais rattraper le vaisseau, le fin du fin, n'a jamais été tenté. C'est un défi différent : l'étage supérieur revient d'une trajectoire quasi orbitale, dans des conditions de chaleur et de vitesse autrement plus violentes que le propulseur.
Musk a posé une condition claire : la tentative aura lieu « sauf si l'analyse des données révèle des problèmes ». Autrement dit, un feu vert conditionnel, pas une promesse gravée dans le marbre.
Si la manœuvre réussit, ce serait la première fois qu'un étage supérieur de classe orbitale est récupéré de cette façon. Le genre d'image qui marque l'histoire de l'aérospatiale, dans la lignée des ruptures technologiques que nous suivons, comme l'automatisation qui gagne des terrains inattendus.
Ce qu'il faut vraiment surveiller sur les prochains vols
Un beau vol ne fait pas un programme opérationnel. Pour comprendre ce qui se joue réellement dans les prochains mois, il faut regarder au-delà de l'amerrissage réussi et suivre trois chantiers concrets. Voici comment lire la suite sans se laisser hypnotiser par les images spectaculaires.
La fiabilité des moteurs, le vrai juge de paix
Le point noir du vol 13 n'est pas un hasard : c'est le même type de panne qui a gêné le vol de mai et provoqué l'abandon du 16 juillet, quand quatre moteurs avaient refusé de démarrer [9].
Le rallumage des moteurs Raptor en conditions réelles, après un vol complet, reste le maillon fragile. Tant que SpaceX ne le maîtrise pas de bout en bout, aucune récupération fiable n'est possible. C'est le chiffre à guetter à chaque vol : combien de moteurs se rallument, et combien tiennent.
L'orbite complète, un cap jamais franchi
Voici le point que peu de titres soulignent. Après 13 vols et trois ans d'essais, Starship n'a toujours pas bouclé une orbite terrestre entière [10].
Les vols restent volontairement suborbitaux, calibrés pour retomber juste avant l'orbite. Le passage à l'orbite réelle, puis au ravitaillement en carburant dans l'espace, est la prochaine frontière. C'est cette étape, et non l'amerrissage, qui conditionne les missions lointaines.
La Lune, l'horloge qui tourne pour la NASA
Pour le grand public, l'enjeu se résume à un mot : la Lune. La NASA compte sur une version de Starship comme atterrisseur pour son programme Artemis, censé ramener des astronautes sur le sol lunaire.
Mais le calendrier dérape. Le vol habité, un temps espéré pour 2027, glisse vers 2028 au mieux, et SpaceX elle-même a reconnu que son échéancier ne collait plus à celui de la NASA. L'agence a même ouvert le contrat à des concurrents comme Blue Origin.
Là est la vraie tension. Chaque vol réussi comme celui-ci plaide pour SpaceX, mais il faudra une série de vols sans nouvelle panne inédite pour rassurer une NASA pressée par la concurrence chinoise sur la Lune. Le vol 13 rapproche l'objectif ; il ne le garantit pas. La prochaine tentative de rattrapage du vaisseau dira si SpaceX passe vraiment à la vitesse supérieure, ou si la récupération complète attendra encore.
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Sources principales
- The Register – "SpaceX just about nails Starship test flight 13"
Amerrissage contrôlé dans l'océan Indien 1 h 05 min 21 s après le décollage du 24 juillet 2026. (theregister.com) - Space.com – "SpaceX's Starship megarocket makes the 'softest splashdown' ever…"
Vaisseau intact et flottant, « amerrissage le plus doux » de l'histoire de Starship selon Dan Huot. (space.com) - MyRGV.com – "Flight 13 launches: All mission goals met, Starship makes soft splashdown"
Déploiement de 20 vrais satellites Starlink V3, dont six équipés de caméras pour scruter le bouclier thermique. (myrgv.com) - Spaceflight Now – "Super Heavy-Starship rocket chalks up mostly successful test flight"
Rallumage d'un moteur Raptor dans l'espace, manœuvre requise pour les futurs vols lunaires. (spaceflightnow.com) - Wikipedia – "Starship flight test 13"
Séparation, retournement et allumage d'atterrissage du propulseur Super Heavy (Booster 20) dans le golfe du Mexique. (en.wikipedia.org) - CBS News – "SpaceX's giant Super Heavy-Starship rocket blasts off on key test flight"
Seuls 10 des 13 moteurs rallumés, environ 5 actifs à l'impact, amerrissage « dur » plus rapide que prévu. (cbsnews.com) - Teslarati – "SpaceX wants to catch Starship for launch 14, Elon Musk says"
Musk annonce une tentative de rattrapage du vaisseau à la tour dès le prochain vol, sous réserve de l'analyse des données. (teslarati.com) - Universe Today – "SpaceX's Mechazilla Catches a Starship Booster on First Try"
Première prise du propulseur Super Heavy par les bras « Mechazilla » lors du 5e vol, en octobre 2024. (universetoday.com) - Space.com – "SpaceX's Starship Flight 13 test launch aborts at last second"
Abandon du 16 juillet après l'échec d'allumage de quatre moteurs Raptor ; problèmes de rallumage déjà présents au vol 12. (space.com) - Interesting Engineering – "SpaceX's Starship launches next-gen Starlink satellites and improves re-entry"
Vol 13 suborbital par conception : les 20 satellites rentrent et se consument, la mission ne vise pas l'orbite opérationnelle. (interestingengineering.com)