Uber lance les premiers robotaxis de Londres et devance Waymo
Uber a mis en service les premiers robotaxis commerciaux de Londres avec la startup britannique Wayve, coiffant Waymo au poteau. Mais avec un humain toujours au volant.
Un Ford Mustang Mach-E électrique se faufile entre les bus rouges, les cyclistes et les piétons qui traversent hors des passages piétons. Personne ne touche le volant. Ce jeudi, Londres est devenue la première ville d'Europe hors des Balkans à mettre des robotaxis commerciaux entre les mains du grand public.
Et la surprise n'est pas là. Le vainqueur de la course n'est ni Waymo, la filiale de Google, ni un géant chinois. C'est Uber, allié à une startup britannique peu connue du public, qui a franchi la ligne d'arrivée en premier, sur le terrain que Waymo convoitait depuis des mois.
Uber et Wayve (une jeune entreprise britannique d'IA pour la conduite autonome, fondée à Cambridge en 2017) ont lancé le service en s'appuyant sur l'application Uber. Waymo, elle, visait le même marché pour la fin de l'année. Elle s'est fait doubler [2].
Dans cet article :
- Uber a gagné une course que tout le monde croyait jouée d'avance
- Le robotaxi de Londres a un secret : il y a encore un humain au volant
- Wayve, le pari britannique qui snobe le lidar et les cartes HD
- Waymo écrase tout aux États-Unis, mais l'Europe change les règles
- Ce qu'il faut vraiment surveiller désormais
Uber a gagné une course que tout le monde croyait jouée d'avance
Sur le papier, Waymo partait favorite. Elle exploite déjà un service entièrement autonome dans quatorze villes américaines et avait annoncé dès octobre 2025 son intention de se lancer à Londres. La ville devait même devenir l'un de ses premiers marchés commerciaux internationaux [6].
Uber a pris tout le monde de vitesse. En août, l'autorité des transports londonienne, Transport for London, a délivré des licences de véhicule de transport avec chauffeur aux voitures équipées par Wayve, coiffant au poteau les déploiements prévus de Waymo et du chinois Baidu [4].
La bascule s'est jouée sur la stratégie de partenariats d'Uber. Le groupe ne construit pas lui-même le logiciel de conduite : il branche des fournisseurs sur son application. À ce jour, il a signé plus de vingt-cinq accords de ce type à travers le monde.
C'est là que sa présence sur tous les fronts du robotaxi paie. Waymo mise sur sa technologie maison et son propre rythme. Uber, lui, se contente d'être le guichet unique où l'on hèle une voiture sans chauffeur, quel que soit le constructeur derrière.
Le robotaxi de Londres a un secret : il y a encore un humain au volant
Voici le détail que les gros titres oublient. Le « robotaxi » londonien n'est pas encore sans conducteur. Un opérateur de sécurité reste au volant, prêt à saisir le volant ou à toucher le frein si quelque chose déraille [1].
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Concrètement, Transport for London a accordé des licences à quinze Ford Mustang Mach-E équipées du système de Wayve. Ces voitures pourront apparaître sur les demandes de courses UberX, Comfort et Comfort Electric dans les zones éligibles, mais toujours avec un humain assis à l'avant.
Le déploiement démarre timidement. Selon Uber, le lancement sera « progressif », avec quelques dizaines de véhicules au départ. Le passager ne peut d'ailleurs pas réclamer expressément un robotaxi : l'application peut lui en proposer un, qu'il accepte ou refuse.
Pourquoi garder un humain ? Parce que le cadre britannique l'exige encore. L'étape suivante, le sans-chauffeur intégral, réclame une autorisation distincte, et selon le responsable de la mobilité autonome d'Uber, ce processus est toujours en cours sans échéance claire [3].
Il faut donc distinguer deux choses. Le « premier robotaxi commercial de Londres » est une vraie première pour le public, mais c'est un service supervisé, pas encore la voiture fantôme qui roule seule dans San Francisco.
Wayve, le pari britannique qui snobe le lidar et les cartes HD
La vraie histoire, derrière Uber, c'est Wayve. Cette startup de Cambridge a levé plus d'un milliard de dollars en 2024, dans un tour de table mené par le japonais SoftBank, avec Nvidia et Microsoft à ses côtés [5].
Son approche, baptisée AV2.0, tranche avec celle de Waymo. Là où la filiale de Google s'appuie sur le lidar (un radar laser qui cartographie l'environnement en trois dimensions) et sur des cartes haute définition préenregistrées, Wayve mise presque tout sur des caméras et une IA qui apprend à conduire comme un humain.
L'idée : au lieu de programmer des règles rigides, on entraîne un « conducteur » unique sur d'énormes quantités d'images de conduite réelle et simulée. Le système est censé s'adapter seul à des rues inconnues, sans qu'on ait besoin de les cartographier au préalable.
Ce pari a de quoi séduire : moins de matériel coûteux, un déploiement géographique théoriquement plus rapide. Fin 2025, Wayve était d'ailleurs en discussion pour lever jusqu'à deux milliards de dollars supplémentaires, à une valorisation évoquée au-delà de huit milliards.
Reste que Londres est un terrain complexe. Ses rues étroites et tortueuses, vieilles de plusieurs siècles, sont saturées de bus, de vélos et de piétons. Le « jaywalking » n'y est même pas illégal : traverser n'importe où, n'importe quand, est un comportement normal, ce qui complique la tâche de l'IA [3].
Waymo écrase tout aux États-Unis, mais l'Europe change les règles
Se faire doubler à Londres ne fait pas de Waymo un retardataire. Aux États-Unis, la filiale d'Alphabet reste hors catégorie. Elle assure environ 500 000 courses payantes par semaine et vise le million d'ici la fin 2026 [7].
La trajectoire donne le vertige. En un an et demi, son volume de courses hebdomadaires est passé de 100 000 à un demi-million, porté par une levée de fonds de seize milliards de dollars et une valorisation autour de 126 milliards [8].

Mais l'Europe n'est pas l'Amérique. Le continent avance bien plus prudemment sur les taxis sans chauffeur. Avant Londres, la seule autre ville européenne à proposer des robotaxis était Zagreb, en Croatie, elle aussi avec des superviseurs à bord.
Le Royaume-Uni a néanmoins accéléré. Le gouvernement a avancé d'un an, au printemps 2026, ses essais de services « de type taxi et bus » sans chauffeur, un dossier porté au nom de la sécurité routière et de l'emploi [9].
L'argument massue : l'erreur humaine est en cause dans 88 % des collisions routières. L'exécutif britannique promet 38 000 emplois et une filière valorisée à des dizaines de milliards de livres d'ici 2035, avant l'entrée en vigueur complète de sa loi sur les véhicules automatisés, attendue pour la seconde moitié de 2027.
Sur ce marché, tout le monde converge vers Londres. Waymo prévoit un service commercial d'ici la fin de l'année, et Baidu, allié à Lyft et à Uber, doit lancer ses essais. La course mondiale au véhicule sans volant se joue désormais aussi dans les rues embouteillées de la capitale britannique.
Ce qu'il faut vraiment surveiller désormais
Uber a gagné une manche symbolique, pas la guerre. La vraie question n'est pas « qui a démarré en premier », mais « qui arrivera à retirer le chauffeur de sécurité et à quel coût ». C'est là que se jouera la rentabilité du robotaxi européen. Voici les trois lignes de front à suivre de près.
Le sans-chauffeur, seul vrai basculement économique
Tant qu'un humain reste au volant, le robotaxi coûte plus cher qu'un taxi classique, pas moins. Le modèle ne devient viable qu'une fois l'opérateur retiré. Or, au Royaume-Uni, ce feu vert dépend d'une autorisation séparée, et le patron de la mobilité autonome d'Uber reconnaît lui-même ne pas savoir combien de temps cela prendra.
Le point à surveiller est donc réglementaire, pas technologique. Le régime britannique des services de passagers automatisés, ouvert à consultation publique jusqu'à fin septembre 2026, fixera les conditions concrètes du passage au véritable sans-chauffeur. Tant qu'il n'est pas bouclé, personne ne roule vraiment seul à Londres.
Waymo contre Wayve : deux philosophies, un seul verdict à venir
Le vrai match technologique n'a pas encore eu lieu. D'un côté, l'approche « tout capteur » de Waymo, éprouvée sur des centaines de millions de kilomètres. De l'autre, le pari « caméras et IA » de Wayve, moins coûteux mais moins prouvé à grande échelle dans des conditions extrêmes.
Londres sera le juge de paix. Pluie, rues médiévales, piétons imprévisibles : si le système de Wayve tient la distance ici, son argument du déploiement rapide et bon marché deviendra redoutable face au matériel onéreux de la concurrence. S'il multiplie les reprises en main par l'opérateur, le doute s'installera.
Pour le lecteur, le bon réflexe est de ne pas confondre annonce et autonomie réelle. Un service « lancé » avec chauffeur de sécurité prouve surtout qu'une entreprise a obtenu une licence, pas que sa voiture sait se passer d'humain.
L'opinion publique, ce frein qu'on sous-estime
La technologie peut être prête sans que la société le soit. Un sondage YouGov commandé par l'Assemblée de Londres montre que 42 % des Londoniens s'opposent à l'arrivée des véhicules autonomes de transport de passagers, contre 29 % qui y sont favorables [10].

Les craintes portent surtout sur la gestion des situations imprévues, la sécurité routière et les pannes techniques. À cela s'ajoute la résistance des chauffeurs de « black cab », ces taxis noirs emblématiques de Londres qui doivent mémoriser des centaines d'itinéraires pour décrocher leur licence et qui avaient déjà combattu l'arrivée d'Uber.
Le fait de garder un humain au volant n'est donc pas qu'une contrainte légale : c'est aussi un outil d'acceptation sociale. Chaque incident très médiatisé, chaque vidéo d'un robotaxi bloqué au milieu d'un carrefour pèsera plus lourd dans la balance londonienne que dix rapports rassurants. C'est cette perception, autant que le code de la route, qui décidera du rythme réel.
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Sources principales :
- News Central TV – "Robotaxi Service Launches in London with Uber"
Le service place Wayve devant Waymo et Baidu. (newscentraltv.com) - Bloomberg – "Uber, Wayve Launch Robotaxi Service in London to Compete With Waymo"
Le déploiement marque le premier service commercial public de Wayve où que ce soit dans le monde. (bloomberg.com) - Business Standard / AP – "Uber, Wayve launch London's first robotaxi service with safety driver"
Le passage au sans-chauffeur exige une autorisation distincte encore en cours ; à Londres, le jaywalking n'est pas illégal. (business-standard.com) - Bloomberg – "Uber, Wayve Win Licenses for Supervised Robotaxis in London"
Transport for London a délivré les licences de véhicule de transport avec chauffeur, devançant les déploiements prévus de Waymo et Baidu. (bloomberg.com) - CNBC – "Self-driving startup Wayve just raised $1 billion from Nvidia, SoftBank, Microsoft and more"
Wayve a bouclé une série C de 1,05 milliard de dollars menée par SoftBank, avec Nvidia et Microsoft. (cnbc.com) - TechCrunch – "Waymo plans to launch a robotaxi service in London in 2026"
Waymo visait Londres comme premier marché commercial international, avec ses Jaguar I-Pace électriques. (techcrunch.com) - The Driverless Digest – "Waymo Stats 2026: Funding, Growth, Coverage, Fleet Size"
Paliers datés des courses payantes hebdomadaires de Waymo, de 100 000 en août 2024 à plus de 500 000 en mars 2026. (thedriverlessdigest.com) - Automotive World – "Waymo's metric for 2026 success: one million weekly rides"
Waymo vise un million de courses payantes par semaine fin 2026, après une levée de 16 milliards de dollars valorisant l'entreprise autour de 126 milliards. (automotiveworld.com) - ADAS & Autonomous Vehicle International – "UK government brings forward self-driving pilots to spring 2026"
Le Royaume-Uni a avancé ses essais au printemps 2026 et promet 38 000 emplois, l'erreur humaine étant en cause dans 88 % des collisions. (autonomousvehicleinternational.com) - London Assembly – "42% of Londoners oppose introduction of robocabs"
Un sondage montre 42 % de Londoniens opposés aux véhicules autonomes. (london.gov.uk)