Crans-Montana : 40 morts dans un piège que personne n’a fermé
Un accident isolé ? Non. L’aboutissement fatal d’un modèle où la sécurité est devenue une variable d’ajustement.
Crans-Montana, nuit du Nouvel An 2026. En quelques secondes, une boîte de nuit bondée se transforme en piège mortel. Quarante personnes, dont une proportion importante de mineurs, meurent asphyxiées ou brûlées vives dans un sous-sol sans issue fonctionnelle.
Ce drame n’est pas un accident isolé. Il est l’aboutissement d’une accumulation de négligences connues, signalées, tolérées – et jamais interrompues.
- Mousse inflammable au plafond
- Pyrotechnie sous un plafond bas
- Sorties de secours inutilisables
- Mineurs admis (ou du moins tolérés) en masse
- Contrôles de sécurité insuffisants
Et pourtant, au lendemain de l’un des pires sinistres de l’histoire récente de la Suisse [1], aucune mesure judiciaire forte n'a été prise immédiatement à l'encontre des propriétaires de l'établissement, malgré la gravité exceptionnelle des faits.
Ce n’est que plusieurs jours plus tard, à l’issue d’une audition formelle tenue le 9 janvier, que Jacques Moretti, propriétaire du Constellation, sera finalement placé en détention provisoire, tandis que son épouse, Jessica, demeure libre à ce stade de la procédure.
Dans la nuit du 1er janvier 2026, au cœur du bar bondé Le Constellation à Crans-Montana, la fête bascule en quelques secondes.
Une bougie étincelante fixée sur une bouteille de champagne embrase les mousses acoustiques du plafond. Le feu se propage instantanément. Des flammes jaillissent, une fumée noire et toxique envahit le sous-sol, piégeant des centaines de jeunes.
La panique est immédiate. Cris, mouvements de foule, chutes. L’espace se transforme en fournaise. Lorsque les secours parviennent à intervenir dans la nuit glaciale, il est déjà trop tard : la soirée du Nouvel An s’est muée en carnage.
Bilan : 40 morts et 119 blessés, dont de nombreux grièvement.
« Tout s’est fait dans les normes », clamait le propriétaire. La réalité : tout s’est fait dans une forme d’insouciance systémique, fort probablement nourrie par des logiques de rendement et d’attractivité à tout prix.

Il interroge aussi les choix opérés après le drame, dont certains, comme le maintien en liberté des premiers suspects pendant plus d'une semaine, soulèvent désormais des questions légitimes quant à la préservation de l’intégrité de l’enquête.
Sections principales :
- Mousse inflammable : un danger connu depuis des années
- Issues de secours bloquées
- Extincteurs, normes, escaliers : des manquements accumulés
- Une disparition numérique quasi immédiate
- Disparition numérique : ce que montrent les archives… et ce qui est en jeu
- Responsabilité légale de la commune
- Ce que dit la loi : sécurité des établissements publics en Suisse
- Plainte contre des fonctionnaires de la commune de Crans-Montana
- Justice valaisanne : une crédibilité remise en question ?
- Laxisme judiciaire : une réaction initiale jugée insuffisante
- Passé judiciaire du propriétaire
- Argent, fuite et incohérences : des questions qui dérangent
- Deux incendies en trois ans : un hasard, ou un signal ignoré ?
- Un système défaillant, plus qu'une erreur
Mousse inflammable : un danger connu depuis des années
Le plafond du Constellation était tapissé d’une épaisse mousse acoustique gris foncé – un matériau censé insonoriser les lieux, hautement inflammable. Un véritable piège suspendu au-dessus des fêtards, pointé du doigt de longue date. « Faites gaffe à la mousse », prévenait déjà un serveur du club lors du réveillon 2019-2020.
L'avenir a malheureusement prouvé que ce danger n’était pas purement théorique...
Une vidéo exhumée après la catastrophe par la RTS et relayée par les médias montre un membre du personnel avertir des clients manipulant des bouteilles surmontées de feux de Bengale : « Faites gaffe à la mousse ».
Cette séquence atteste d’un point essentiel : le risque d’embrasement du plafond était perçu sur place, au point qu’un employé jugeait nécessaire d’alerter verbalement les clients. Le danger n’était donc ni invisible, ni inconcevable.
La vidéo en question :
Sur la nature du matériau, les éléments rapportés par la presse évoquent une mousse de type polyuréthane, connue pour s’enflammer très rapidement et dégager des fumées extrêmement toxiques. Dans un tel environnement – sous-sol, plafond bas, forte densité humaine – ce type de revêtement est unanimement considéré comme particulièrement dangereux.
La tragédie de Crans-Montana s’inscrit ainsi dans un schéma déjà observé dans de nombreux incendies de clubs à travers le monde : un effet pyrotechnique ou une flamme rencontre un matériau d’isolation acoustique combustible, provoquant un embrasement éclair, une propagation fulgurante du feu et une asphyxie massive par fumées toxiques. De la discothèque du 5-7 en France (1970) au Colectiv en Roumanie (2015), le scénario est tristement récurrent.
En Suisse, les prescriptions en matière de protection incendie imposent pourtant des exigences strictes sur les matériaux utilisés dans les établissements recevant du public, notamment en ce qui concerne leur réaction au feu.
Seuls des matériaux classés comme RF2 ou RF3, selon les configurations, sont admis dans des zones sensibles telles que plafonds et dégagements. L’enquête devra établir précisément la nature exacte de la mousse installée, son éventuelle certification, les conditions de sa pose, ainsi que les contrôles – ou absences de contrôles – ayant permis son maintien en place.
À ce stade, une chose est déjà claire : le plafond du Constellation réunissait toutes les conditions d’un embrasement catastrophique, et les signaux de danger existaient avant la nuit du drame. La question n’est plus de savoir si le risque était imaginable, mais comment il a pu être toléré aussi longtemps.
Serveurs masqués : un spectacle dangereux devenu routine
Minuit vient de sonner. La piste est en transe lorsque surgit le rituel le plus attendu de la soirée : une serveuse perchée sur les épaules d’un collègue traverse la foule, brandissant deux bouteilles de champagne surmontées de bougies incandescentes. La jeune femme porte un casque intégral, l’homme un masque de Guy Fawkes [2].


Quelques instants avant la tragédie : le passage des bougies incandescentes sous le plafond recouvert de mousse phonique, qui s’embrasera quelques minutes plus tard. Photos issues de Facebook/X/DR
Les étincelles crépitent à quelques centimètres du plafond, dans un sous-sol bondé fait entre autres de bois et d'allume-feux (les mousses acoustiques), bas de plafond, saturé de chaleur. Une cheminée géante qui n'attend qu'à être allumée.
Ce show pyrotechnique était une signature du Constellation, une mise en scène spectaculaire destinée à électriser une clientèle jeune.
Champagne, étincelles, musique, émotions garanties. Mais ce 1er janvier, le frisson bascule dans l’horreur. La mousse acoustique du plafond s’embrase, puis des gouttes de matière en fusion tombent sur la foule, provoquant panique et brûlures immédiates [3]. En moins d’une minute, le sous-sol devient un piège de flammes.
Ce drame n’est pas le fruit d’une entorse isolée aux règles. Il est la conséquence directe d’une pratique répétée, encouragée et banalisée par l’établissement. Le Constellation allait jusqu’à diffuser sur ses comptes de réseaux sociaux des vidéos promotionnelles montrant ces bouteilles en feu brandies au-dessus des clients, dans un décor inchangé [4].
D’anciens employés confirment que le risque d’embrasement était permanent. Il n’était pas rare que des clients, emportés par l’euphorie, montent sur les banquettes ou sur les épaules les uns des autres, agitant des cierges magiques au plus près de la mousse acoustique. La direction fermait les yeux, tant que le spectacle faisait vendre.
Issues de secours bloquées
Quand le feu jaillit au plafond, la panique submerge le sous-sol enfumé. Des dizaines de personnes se ruent vers l’unique escalier menant au rez-de-chaussée. Une question s’impose alors brutalement : où sont les sorties de secours ?
Plusieurs survivants interrogés par la presse décrivent un espace dépourvu d'issues de secours praticables. Le sous-sol est assimilé à une cave, sans signalisation claire ni porte d’évacuation fonctionnelle. Une sortie censée donner sur l’immeuble aurait été fermée, laissant comme seule voie de fuite l’escalier principal – étroit et rapidement saturé par la foule en panique [6].
Les témoignages concordent : l’évacuation s’est faite dans la confusion la plus totale, dans un goulot d’étranglement où la loi du plus fort a prévalu. Cette configuration a transformé le sous-sol en véritable souricière.

La configuration du Constellation violait les principes élémentaires de la sécurité incendie : aucune évacuation de secours réellement praticable, un seul chemin de fuite pour des centaines de personnes. Une porte de secours existait bien au fond du sous-sol, mais elle était condamnée [7].
La seule échappatoire effective restait l’escalier étroit menant à la terrasse du rez-de-chaussée. Or, la porte de cette terrasse s’ouvrait vers l’intérieur du club, un choix de conception connu pour bloquer les flux d’évacuation en situation de panique [8].
Le scénario redouté s’est produit : un goulot d’étranglement humain s’est formé dans l’escalier, et plusieurs victimes ont été retrouvées asphyxiées ou piétinées, entassées dans cet espace clos.
Comment une telle situation a-t-elle pu être tolérée ?
Dans un établissement accueillant jusqu’à 300 personnes, au moins deux issues de secours distinctes, opposées et dégagées auraient dû exister. Au Constellation, elles étaient inexistantes en pratique.
En cas d’incendie, ce sous-sol était une trappe sans sortie. La sortie de secours figurait peut-être sur un plan administratif, mais elle n’existait pas, en pratique, comme porte vers la survie.
Extincteurs, normes, escaliers : des manquements accumulés
L’incendie du Constellation n’est donc pas le fruit de la malchance. Il est l’aboutissement d’une accumulation de manquements et d’entorses aux règles de sécurité, qui ont tous contribué à aggraver le drame.
Pris isolément, chacun de ces éléments est grave. Ensemble, ils composent un système défaillant.
- Aucune alarme incendie audible.
D’après plusieurs témoins concordants, aucune alarme ne s’est déclenchée lorsque le feu a pris, et la musique aurait même continué à jouer durant de longues secondes [9]. - Un seul extincteur.
Un rescapé dit ne pas avoir vu d’extincteur immédiatement accessible au moment où le feu a pris. Or, selon les explications données après coup sur la base des prescriptions en vigueur, la présence d’un seul extincteur pouvait être considérée comme suffisante pour un local de cette dimension – ce qui n’empêche pas qu’en pratique, aucun appareil n’a pu être saisi et utilisé pour tenter de contenir le départ de feu. Dans la panique, certains ont essayé d’étouffer les flammes avec des vestes : un geste désespéré, sans effet face à un embrasement fulgurant. - Escalier principal rétréci lors de rénovations.
Selon plusieurs éléments d’enquête, l’escalier principal aurait été réduit en largeur lors des travaux de rénovation de 2015 [12]. L’objectif supposé – gagner de l’espace exploitable – a eu une conséquence directe : resserrer encore davantage le principal axe de fuite pour des centaines de personnes en situation de panique. - Capacité d’accueil manifestement dépassée.
La capacité officielle du bar était fixée à 200 personnes [13]. Or, dans la nuit du Nouvel An, le sous-sol était décrit comme bondé, au point que l’on se bousculait déjà avant l’incendie. Une surfréquentation qui a mécaniquement aggravé les conditions d’évacuation. - Présence massive de mineurs.
Parmi les 40 victimes figurent de nombreux adolescents, dont des mineurs de 14 et 15 ans. Selon les données disponibles, près de la moitié des victimes avaient entre 14 et 17 ans [14].
La présence régulière de mineurs dans cet établissement, pourtant connu pour servir de l’alcool, était largement évoquée. Plusieurs témoignages font état d’une entrée latérale munie d’un digicode, permettant à certains jeunes d’éviter tout contrôle d’âge [15, 16].
Oscar, 19 ans, explique à Blick avoir tenté d’entrer dans l’établissement par une entrée latérale équipée d’un digicode, connue de nombreux jeunes pour éviter les contrôles à l’entrée principale. « Beaucoup de jeunes connaissaient cette astuce et parvenaient ainsi à esquiver le videur », confie-t-il.
Cette déclaration alimente les interrogations sur les conditions d’accès au bar, alors que près de la moitié des victimes étaient âgées de 14 à 17 ans.
La législation valaisanne interdit pourtant aux moins de 16 ans de fréquenter un bar après 22h sans être accompagnés [17]. Des témoins indiquent que des mineurs étaient admis avant 22h puis laissés à l’intérieur, une pratique qui soulève de sérieuses questions de conformité.
En définitive, le Constellation cumulait tous les signaux d’alerte :
- pas d’alarme audible,
- des moyens de première intervention manifestement inopérants dans l’urgence (un extincteur aurait été présent, mais aucun n’a pu être utilisé au moment où le feu a pris),
- une évacuation structurellement déficiente,
- des choix d’aménagement dangereux,
- et une fréquentation largement hors cadre.
Chaque manquement a renforcé le piège. Le feu n’a pas créé la catastrophe : il n’a fait qu’exploiter des failles déjà béantes.
Une disparition numérique quasi immédiate
Aux premières lueurs du jour, alors que la fumée âcre se dissipe à peine au-dessus des décombres, les traces numériques du Constellation commencent à disparaître.
En l’espace de quelques heures, la page Facebook officielle du bar devient inaccessible. Photos de soirées, vidéos promotionnelles, annonces d’événements : l’ensemble du contenu public n’est plus consultable.
Selon notre enquête numérique basée sur Wayback Machine et plusieurs autres médias, la page Facebook du club (et d'autres établissements de J. Moretti) ont été désactivés ou rendus non publics dans la foulée du drame.
Ce retrait numérique rapide interroge par son timing.

Face à cette disparition, les interprétations se multiplient. S’agit-il d’un réflexe de protection face à l’émotion et à la colère en ligne ? D’une volonté de suspendre toute communication dans un contexte dramatique ? Ou d’une tentative de faire disparaître des contenus devenus compromettants/embarrassants a posteriori ?
Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes expriment le sentiment que la fermeture rapide des pages visait à faire disparaître des contenus devenus compromettants après coup.
Ce qui est en revanche plus qu'un sentiment déjà à ce stade de l'enquête, c’est que des contenus diffusés avant le drame – vidéos promotionnelles, images de soirées, mises en scène pyrotechniques – circulent encore via des captures d’écran et des reposts effectués par des tiers. Autrement dit, la disparition n’est pas totale, mais elle est désormais fragmentaire et incontrôlée.
Autre signal d’une volonté de verrouillage : la tension avec la presse. Blick rapporte que, quelques jours après l’incendie, un proche/collaborateur des gérants aurait menacé et insulté ses journalistes alors qu’ils filmaient à distance devant un autre établissement lié au couple (“Le Vieux Châlet”) [64].
Le média évoque également des intimidations visant des journalistes italiens sur place. Ces faits, s’ils ne prouvent rien en eux-mêmes, illustrent néanmoins un climat de fermeture et de pression autour de la collecte d’informations dans les jours critiques qui suivent le drame.
Disparition numérique : ce que montrent les archives… et ce qui est en jeu
Les archives de la Wayback Machine attestent que la page Facebook du Constellation n’était plus accessible publiquement dès la matinée du 1er janvier, soit quelques heures seulement après l’incendie.
Un élément technique mérite toutefois d’être précisé. Lorsqu’on tente d’accéder à cette page depuis ce moment, Facebook affiche le message suivant : “This content isn’t available right now.”

Ce message ne signifie pas nécessairement une suppression définitive. Il correspond généralement à l’un des états suivants :
- page désactivée temporairement par ses administrateurs ;
- page rendue non publique ;
- page en cours de suppression, durant le délai de grâce prévu par la plateforme.
Selon les règles de Facebook, une page supprimée peut être restaurée pendant une période allant jusqu’à 14 ou 30 jours, tant que la suppression n’a pas été définitivement validée.
Autrement dit, la page du Constellation n’est peut-être pas détruite.
Elle est hors de portée du public, mais potentiellement encore récupérable.
Et c’est précisément à ce stade que la question devient sensible.
Une zone grise dangereuse pour l’enquête
La chronologie observée via Wayback Machine révèle une succession de comportements techniques cohérents avec une mise hors ligne rapide, mais pas nécessairement irréversible :
- 1er janvier au matin : la page cesse d’être accessible publiquement (l’heure exacte de désactivation reste inconnue, mais elle est antérieure à 9h30 heure suisse).
- Dans la journée : Facebook affiche un message standard d’indisponibilité.
- Les jours suivants : aucun retour en ligne, aucune communication, aucune transparence.
Dans cet intervalle – qui peut durer plusieurs semaines – les administrateurs de la page conservent la main.
Concrètement, ils peuvent encore :
- supprimer sélectivement des publications,
- retirer des photos ou vidéos spécifiques,
- modifier l’historique visible,
- nettoyer des commentaires,
- puis, le cas échéant, restaurer ultérieurement la page dans un état profondément altéré.
Le risque n’est donc pas seulement la disparition de la page.
Le risque, plus critique encore, est la modification silencieuse de son contenu avant toute réquisition officielle.
Si la justice devait se contenter, plus tard, de demander à Meta une restauration ou un accès sans avoir gelé l’état initial des données, elle pourrait ne récupérer qu’une page partielle, nettoyée, expurgée d’éléments pourtant essentiels à la compréhension des faits.
Une telle situation entraînerait une perte irréversible de preuves numériques.
Une fenêtre temporelle critique
Un élément fondamental s’impose donc ici : le temps joue contre l’enquête.
Si la page se trouve effectivement dans une phase de suppression temporaire :
- le délai court depuis le 1er janvier,
- et chaque jour écoulé augmente le risque que :
- certains contenus soient supprimés définitivement,
- ou que des données ne puissent plus être récupérées dans leur intégralité.
Sans intervention rapide des autorités – par réquisition, gel des données ou demande formelle de conservation auprès de Meta – une partie du matériau numérique lié à l’exploitation du Constellation pourrait disparaître à jamais.
Or, ce matériau n’est pas anodin :
- vidéos promotionnelles,
- images de l’aménagement intérieur,
- mises en scène avec effets pyrotechniques,
- indices visuels sur les plafonds, les mousses, la densité du public,
- communication commerciale assumant certains choix d’exploitation.
Ce que la justice doit faire maintenant (et pas plus tard)
À ce stade, une chose est claire : la mise hors ligne rapide de la page constitue un risque actif pour la manifestation de la vérité.
Il ne s’agit plus seulement de constater après coup, mais d’empêcher une altération irréversible des preuves numériques.
Cela implique concrètement :
- une réquisition immédiate auprès de Meta (Facebook),
- le gel de l’intégralité des données liées à la page,
- la récupération de l’historique complet, y compris les contenus supprimés,
- et la documentation de toute modification intervenue depuis le 1er janvier.
À défaut, l’enquête pourrait se retrouver face à une page « restaurée », propre en apparence, mais amputée de ce qui dérange.
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Ce que révèle ce timing
Il faut le redire clairement :
Qu’il s’agisse d’un réflexe de panique, d’un choix dicté par la peur, d’un conseil juridique, ou d’une volonté de reprendre le contrôle de la communication, ce timing a des conséquences concrètes.
Car aujourd’hui, la question centrale n’est plus seulement pourquoi la page a disparu, mais bien celle-ci :
Qui peut garantir que ce qui y figurait le 31 décembre existe encore quelque part, dans son intégralité et sans altération ?
C’est là que se joue une partie essentielle de l’enquête.
Espérons, au minimum, que les enquêteurs aient déjà engagé la récupération des données et pris contact avec Meta, afin de s’assurer qu’aucun contenu potentiellement pertinent n’ait disparu ou été modifié entre-temps.
Dans une affaire de cette gravité, la conservation des preuves numériques n’est pas un détail technique. C’est une condition indispensable à la manifestation de la vérité.
https://web.archive.org/web/20260000000000*/https://www.facebook.com/leconstellation/
Responsabilité légale de la commune
À Crans-Montana, l’indignation ne vise pas seulement les gérants du bar, mais aussi les autorités locales. Car en matière de sécurité incendie, le canton du Valais délègue l’exécution et la surveillance aux communes [20]. Chaque commune désigne un délégué à la sécurité incendie, chargé de contrôler les établissements ouverts au public situés sur son territoire.
En théorie, donc, la commune de Crans-Montana devait s’assurer régulièrement que le Constellation respectait les prescriptions en vigueur. En pratique, le président de la commune, Nicolas Féraud, est resté très évasif sur ce point, renvoyant les questions vers la police cantonale lorsque des journalistes lui ont demandé combien de fois le bar avait été inspecté [21]. Un silence d’autant plus troublant que de graves manquements ont depuis été mis au jour.
Selon le droit valaisan, les établissements accessibles au public doivent faire l’objet de contrôles périodiques réguliers, en principe annuels pour les locaux présentant des risques particuliers [22]. Or, le propriétaire du Constellation affirme n’avoir reçu que trois contrôles en dix ans [23].
Les faits établis vont dans ce sens : il a été reconnu officiellement que le dernier contrôle remontait à 2019, la commune admettant ensuite un manquement aux contrôles périodiques sur la période 2020–2025, qu’elle dit regretter « amèrement » [24, 25].
Dès lors, la question de la responsabilité se pose :
- les exploitants ont-ils omis de solliciter les contrôles requis après des transformations internes ?
- Ou la commune a-t-elle failli dans sa mission de surveillance, par négligence ou insuffisance organisationnelle ?
Ce point relève désormais de l’enquête judiciaire, mais l’attention se tourne clairement vers le rôle du pouvoir local.
Un autre élément interroge : la disparition d’informations communales en ligne. Selon Blick, la Commune de Crans-Montana avait mis en avant, il y a quelques mois, une page et un document décrivant des procédures et contrôles liés à la sécurité publique, dont la prévention incendie [65].
Or, depuis l’incendie, ces contenus ne seraient plus accessibles directement, et ne pourraient être retrouvés qu’en passant par des moyens détournés ou via une version sauvegardée ; Blick indique avoir pu retrouver au moins un PDF encore accessible au public.
Contactés sur les conditions de cette disparition et sur le fait de savoir si la justice dispose de ces documents, ni le président de la commune ni le Ministère public n’auraient répondu au moment de la publication.
Là encore, l’enjeu n’est pas d’inférer une intention, mais de rappeler une exigence procédurale : la traçabilité des documents publics et des décisions est un élément clé quand les responsabilités institutionnelles sont examinées.
Ce drame met en lumière un système de contrôle potentiellement défaillant. En Valais, le modèle repose largement sur la confiance entre autorités communales et exploitants : on se connaît, on coopère, on s’appuie sur l’auto-déclaration. Un fonctionnement qui, selon plusieurs experts, peut dériver vers une forme de laxisme structurel [27].
« Cela dépend des communes, certaines prennent cela très au sérieux », confie un spécialiste valaisan de la sécurité incendie à Blick [28].
Dans le cas du Constellation, l’hypothèse d’un contrôle insuffisant, voire purement formel, est désormais ouvertement évoquée. Comment un établissement aussi fréquenté a-t-il pu fonctionner pendant des années avec de telles infractions sans intervention corrective ? La question demeure entière.
Ce que dit la loi : sécurité des établissements publics en Suisse
- Sorties de secours : les établissements recevant du public doivent disposer, selon leur configuration et leur capacité, de plusieurs issues d’évacuation distinctes, dégagées, signalées, et dont les portes s’ouvrent dans le sens de la fuite.
- Matériaux : les revêtements utilisés dans les lieux accueillant du public doivent être incombustibles ou faiblement combustibles. Pour les plafonds de bars ou clubs, les matériaux classés au moins RF3 seraient requis [29].
- Capacité : le nombre maximal de personnes autorisées doit être déterminé, affiché et respecté, en fonction des dégagements et issues disponibles.
- Équipement : les locaux doivent être dotés de moyens de lutte contre l’incendie adaptés (extincteurs accessibles, éclairage de secours, système d’alarme incendie audible).
- Personnel : l’exploitant est tenu de former son personnel aux consignes de sécurité et d’évacuation, en particulier dans les établissements de grande capacité.
- Contrôles : en Valais, la législation impose des contrôles périodiques de sécurité par les autorités communales [22].
- Sanctions : le Code pénal suisse prévoit des peines allant jusqu’à trois ans de prison pour l’homicide par négligence (art. 117 CP) et l’incendie par négligence (art. 223 CP). Sur le plan civil, la responsabilité de l’exploitant peut être engagée pour l’indemnisation intégrale des victimes [30].
Plainte pénale contre des fonctionnaires de la commune de Crans-Montana
L’incendie du Constellation continue de produire des répercussions sur le plan judiciaire. Outre l’enquête pénale visant les exploitants du bar, le rôle des autorités communales fait désormais l’objet d’une procédure distincte.
Le week-end suivant le drame, une plainte pénale a été déposée contre des élus et des fonctionnaires de la commune de Crans-Montana [31].
À l’origine de cette démarche : un juriste ayant visité l’établissement en août 2025, sans avoir été directement touché par la tragédie. Dans sa plainte, il accuse les représentants de l’autorité communale d’homicide par négligence, de lésions corporelles graves par négligence et d’incendie par négligence [32].
La plainte développe des accusations graves et détaillées. Le plaignant affirme qu’« il existe des indices clairs que des prescriptions centrales de sécurité n’ont pas été respectées ou appliquées » [33], citant à l’appui divers documents et éléments techniques.
Il reproche notamment à la commune une insuffisance des contrôles en matière de protection incendie, la tolérance de dispositifs pyrotechniques sans autorisation, l’utilisation de matériaux inadaptés, ainsi que l’absence de voies d’évacuation suffisantes [34].
Selon les termes mêmes de la plainte, un seul escalier étroit reliait le sous-sol à l’extérieur, une configuration présentée par le plaignant comme susceptible de contrevenir aux prescriptions applicables à un local de cette capacité [35]. Sur cette base, il soutient que la commune aurait manqué à certaines de ses obligations légales – une appréciation qui relève désormais de l’instruction pénale.
Cette initiative judiciaire, bien qu’individuelle, s’inscrit dans un climat général de colère et de défiance.
Depuis le drame, de nombreux acteurs locaux, dont des restaurateurs et plusieurs experts en sécurité, dénoncent publiquement des contrôles incendie jugés trop laxistes à Crans-Montana [36].
Parallèlement, le Ministère public valaisan a confirmé examiner d’éventuelles responsabilités pénales des autorités, tandis que la France – plusieurs victimes étant françaises — a ouvert une enquête dite “miroir” afin de coopérer avec les autorités suisses [37].
Sous la pression médiatique et judiciaire, la commune a fini par réagir. Le 6 janvier, lors d’une conférence de presse, son président, Nicolas Féraud, a reconnu officiellement que le bar Le Constellation n’avait plus été contrôlé depuis 2019, évoquant un « manquement aux contrôles périodiques sur la période 2020–2025 », que le Conseil communal dit « regretter amèrement » [24, 25].
Dans la foulée, les autorités locales ont annoncé des mesures immédiates, notamment l’interdiction de tout dispositif pyrotechnique dans les lieux fermés de la station et le mandat confié à un bureau externe spécialisé pour contrôler l’ensemble des établissements publics, y compris la qualité des matériaux utilisés [38].
La commune a par ailleurs précisé, dans un communiqué, que ces contrôles externes étaient décidés « même si la loi ne le prévoit pas », reconnaissant implicitement les limites de son dispositif antérieur. Elle a également remis au Ministère public un dossier de 60 documents retraçant l’historique administratif du bâtiment depuis les années 1960 [39, 40].
Enfin, la commune affirme qu’elle « assumera toute la responsabilité que la justice déterminera » [41], se disant prête à être mise en cause si une faute devait être retenue. Dans le même temps, elle a annoncé son intention de se constituer partie civile dans la procédure visant les exploitants du bar [42].
Cette démarche, bien que légalement possible, est très critiquée dans l’opinion locale.
Plusieurs familles endeuillées et observateurs y voient une posture paradoxale : une autorité mise en cause pour des manquements de contrôle cherchant à se présenter comme victime du drame. Une perception qui alimente encore davantage la défiance envers les institutions.
Justice valaisanne : une crédibilité remise en question ?
Avant même le drame de Crans-Montana, la justice valaisanne faisait déjà l’objet de critiques récurrentes dans le débat public, notamment à propos de la gestion de dossiers sensibles et du sentiment d’entre-soi parfois évoqué par certains observateurs et médias. Des critiques qui, qu’on les partage ou non, ont progressivement fragilisé la confiance d’une partie de la population.
Dans ce contexte, le drame du Constellation agit comme un révélateur brutal. L’affaire dépasse largement le cadre local : elle est suivie bien au-delà du Valais, en Suisse comme à l’étranger. Tout le monde regarde, tout le monde attend, et surtout, tout le monde scrute la manière dont la justice va agir.
La procureure générale du Valais, Béatrice Pilloud, se retrouve aujourd’hui au centre de ces critiques, non pas pour des fautes établies, mais en raison de la perception de sa gestion de plusieurs dossiers sensibles, dont celui de Crans-Montana.
Des voix, dans la presse et parmi certains juristes, évoquent désormais publiquement l’hypothèse d’un dessaisissement au profit d’un magistrat externe, afin de garantir une impartialité perçue comme irréprochable. Une option prévue par le droit suisse dans des situations exceptionnelles, mais qui reste à ce stade une hypothèse débattue, non une décision actée.
Cet élément est important. Lorsqu’une affaire prend la dimension d’un traumatisme national, la justice n’a pas seulement à enquêter : elle doit aussi inspirer confiance. Ce n’est ni un privilège ni une concession à l’émotion publique. C’est une condition essentielle de la légitimité démocratique de l’institution judiciaire.
Car lorsque s’installe, dans une partie de l’opinion, le sentiment – fondé ou non – que l’institution protège avant tout ses équilibres internes ou son image, le risque est immense. Il ne s’agit alors plus uniquement d’un incendie meurtrier, mais d’une érosion durable de la confiance publique.
Un autre élément, souvent mentionné avec prudence dans le débat médiatique, mérite d’être clarifié. Alors que l’enquête sur Crans-Montana s’intensifie, un autre dossier valaisan refait surface dans l’actualité : celui du “Château Constellation” [62], une entité viticole visée par une plainte pénale distincte.
Aucun lien n’est établi entre cette affaire et le bar des Moretti : il s’agit d’une homonymie, rien de plus (à notre connaissance). Mais cette coïncidence de nom agit malgré tout comme un symbole involontaire pour certains observateurs, renforçant l’idée d’un malaise plus large autour de la gestion de dossiers sensibles dans le canton.
Ce que réclament aujourd’hui de nombreuses familles endeuillées, des avocats et une partie de l’opinion publique n’a rien d’excessif. Il s’agit d’exigences simples et légitimes : un traitement irréprochable, une conservation totale des preuves, et une enquête menée sans la moindre zone d’ombre.
Pour les familles, l’enjeu n’est pas institutionnel. Il est existentiel. Une seule question compte : comment un piège mortel a-t-il pu fonctionner librement pendant des années, et pourquoi personne ne l’a arrêté à temps ?
Laxisme judiciaire : une réaction initiale jugée insuffisante
Au-delà de la commune, la justice valaisanne elle-même s’est retrouvée au cœur des critiques dans les jours qui ont suivi le drame.
Dans l’immédiat après-incendie, malgré la gravité exceptionnelle des faits, aucun des deux gérants du bar n’a été placé en détention provisoire, une décision perçue comme incompréhensible et choquante par de nombreux proches de victimes [43].
Jacques et Jessica Moretti ont d’abord été entendus en tant que témoins, puis visés par l’ouverture d’une instruction pénale annoncée le 3 janvier 2026 (ouverte la veille au soir). Ils sont alors prévenus d’homicide par négligence, de lésions corporelles par négligence et d’incendie par négligence [44].
Dans cette phase initiale de la procédure, le Ministère public valaisan avait fait le choix de les laisser en liberté, sans placement en détention provisoire. Selon les éléments rendus publics à ce stade, aucune mesure de substitution clairement identifiable (restriction de déplacement, retrait de documents, obligation de se présenter régulièrement, etc.) n’a été communiquée [45].
Le Code de procédure pénale suisse (CPP) impose toutefois un cadre strict : la détention provisoire ne peut être ordonnée qu’en présence de graves soupçons et d’au moins un motif légal, tel que le risque de fuite, de collusion ou de récidive, dans une logique de nécessité et de proportionnalité.
- Graves soupçons : le prévenu doit être fortement suspecté d’avoir commis un crime ou un délit.
- Risque de fuite : crainte que le prévenu se soustraie à la procédure [46].
- Risque de collusion : risque d’entrave à l’enquête, par suppression de preuves ou pressions sur des témoins [46].
- Risque de récidive : crainte de nouvelles infractions graves.
Dans les jours suivant l’incendie, la procureure générale du Valais, Béatrice Pilloud, s’est expliquée sur RTL en affirmant que rien « ne laissait présager » une fuite des gérants du bar, justifiant ainsi l’absence de détention provisoire à ce stade de la procédure [47, 48].
Le couple Moretti vivait depuis de nombreuses années dans la région, y exploitait plusieurs établissements, et la justice helvétique a estimé qu’un départ précipité ne pouvait être présumé, le fait qu’ils soient ressortissants français ne constituant pas, en soi, un indice suffisant de risque de fuite [49].
Par ailleurs, soulignent plusieurs spécialistes du droit pénal, les infractions reprochées étaient alors qualifiées d’involontaires : en Suisse, comme en France, il n’est pas rare que les prévenus de ce type d’infraction ne soient pas immédiatement placés en détention provisoire [50].
Contrairement à ce qui se pratique parfois en France, le couple n’a donc pas été placé en garde à vue au début de l’affaire [51].
« Dans le droit suisse, il y a une moins grande culture de la détention qu’en France », déclare au Parisien Yves Monerris, avocat en droit pénal [52].
Une colère initiale durable
Pour les familles des victimes, ces explications juridiques ont toutefois été vécues comme insuffisantes, voire déconnectées de la réalité du drame. Dans les jours ayant suivi l’incendie, plusieurs proches ont exprimé leur incompréhension face au fait que les gérants aient pu regagner leur domicile alors que quarante personnes avaient perdu la vie.
Cette mansuétude perçue, même temporaire, a profondément choqué et nourri un sentiment d’injustice. Les avocats représentant certaines familles ont rappelé que le passé judiciaire lourd de Jacques Moretti, révélé par la presse, aurait dû être pris en compte plus strictement dans l’évaluation initiale des risques, notamment ceux de récidive ou d’entrave à l’enquête.
Depuis, la situation a évolué : Jacques Moretti a été placé en détention provisoire à l’issue de son audition du 9 janvier.
Cette décision marque un tournant procédural important, mais elle n’efface pas le malaise suscité par les premiers jours de gestion judiciaire du dossier, ni le sentiment, pour certaines familles, d’avoir dû attendre trop longtemps avant qu’une mesure forte ne soit prise.
Pour elles, le contraste demeure douloureux : les victimes sont sous terre, et la réponse judiciaire, même lorsqu’elle intervient, arrive toujours après l’irréparable.
Ce décalage a durablement entamé la confiance d’une partie de l’opinion publique envers l’institution judiciaire [43].
Passé judiciaire du propriétaire
L’affaire pourrait se limiter à un enchaînement de négligences graves dans l’exploitation d’un établissement nocturne. Mais le dossier du Constellation prend une dimension supplémentaire lorsque le passé judiciaire de J. Moretti est révélé par la presse dans les jours suivant l’incendie.
Âgé de 49 ans, originaire de Corse, J. Moretti a effectivement connu des démêlés sérieux avec la justice française par le passé, comme l’ont documenté plusieurs médias [53].
Selon ces éléments, il a été condamné en 2008 par la justice française pour des faits de proxénétisme commis en France entre 2004 et 2005. Le tribunal lui reprochait d’avoir « embauché, entraîné ou détourné » plusieurs femmes en vue de leur prostitution, notamment à La Clusaz, avant d’en tirer profit en servant d’intermédiaire.
Il a été condamné à douze mois d’emprisonnement, dont huit mois avec sursis simple, après avoir été placé en détention provisoire entre novembre 2005 et mars 2006, puis sous contrôle judiciaire.
La presse fait également état d’une condamnation ultérieure pour escroquerie, pour laquelle J. Moretti a écopé d’une peine de deux ans d’emprisonnement [54]. En revanche, s’il a été mêlé il y a plusieurs décennies à une affaire d’enlèvement et de séquestration, aucune condamnation n’a été prononcée dans ce dossier, selon les informations relayées par la presse.
Après ses condamnations en France, J. Moretti s’installe en Suisse. Il s’établit en Valais, à Crans-Montana, où il rencontre sa future épouse, Jessica Moretti, et ouvre avec elle le bar Le Constellation en 2015, dans les locaux rénovés d’un ancien pub de la station [55].
Le couple développe rapidement ses activités : le Constellation devient l’un des établissements les plus fréquentés de la vie nocturne locale, et d’autres commerces sont ouverts dans la région. Rien, en apparence, ne distingue alors ces exploitants des nombreux restaurateurs étrangers installés en Suisse.
Ce n’est qu’après le drame que ce passé judiciaire ressurgit publiquement. Pour certains habitués, la révélation est un choc. D’autres affirment, a posteriori, ne pas être surpris, évoquant une réputation de dirigeant autoritaire, sans que cela n’ait jamais donné lieu à des procédures connues en Suisse.
Il est essentiel de le préciser : le passé pénal de J. Moretti, aussi lourd soit-il, ne constitue en aucun cas une preuve de responsabilité dans l’incendie du Constellation. La justice devra donc juger les faits survenus à Crans-Montana indépendamment de condamnations anciennes, prononcées dans un autre pays et dans un autre contexte.
Mais cette révélation interroge malgré tout sur les angles morts du système.
En Suisse, aucun extrait de casier judiciaire n’est requis pour exploiter un bar ou une discothèque. Les autorités valaisannes ont d’ailleurs indiqué n’avoir eu connaissance d’aucun antécédent pénal concernant J. Moretti au moment de l’octroi des autorisations.
Ainsi, un exploitant au passé judiciaire particulièrement chargé a pu diriger pendant des années un établissement accueillant un public jeune, parfois mineur, sans que son parcours antérieur ne fasse l’objet du moindre filtre administratif. Non pas par dissimulation nécessairement, mais par absence de mécanisme de vérification.
Cette réalité alimente aujourd’hui la colère et l’incompréhension de certaines familles : non parce que le passé ferait la culpabilité, mais parce qu’il révèle une faille structurelle dans la manière dont les responsabilités liées à la sécurité publique sont attribuées et contrôlées.
Argent, fuite et incohérences : des questions qui dérangent
D’autres éléments apparus après le drame interrogent le rapport des propriétaires à l’argent, ainsi que certains comportements observés avant et après l’incendie.
Selon 20 Minutes [57], les gérants du Constellation auraient procédé à plusieurs acquisitions immobilières importantes sans recourir à un prêt bancaire, réglant leurs achats comptant. Une pratique parfaitement légale, mais peu courante dans le secteur de la restauration et des établissements de nuit, où le recours au crédit est généralement la norme.
Cette information soulève une interrogation factuelle : quelle était la structure financière réelle du couple Moretti ?
De la bière coupée servie aux clients ?
D'ailleurs, un témoignage récent recueilli par Franceinfo apporte un éclairage supplémentaire sur certaines pratiques internes alléguées au sein de l’établissement.
Un ancien employé, souhaitant rester anonyme, affirme que des mesures d’économie auraient été mises en place de manière systématique : machines à pression volontairement coupées, bières servies à partir de canettes d’entrée de gamme, bouteilles de vodka haut de gamme conservées puis remplies avec de la vodka moins chere.
Le témoin évoque également une rémunération partielle « au noir » pour certains employés, destinée à compenser des horaires de travail très élevés.
Ces éléments [66] nourrissent les interrogations sur le mode de gestion économique de l’établissement et sur l’écart éventuel entre l’image commerciale affichée et les pratiques internes réelles.
Un patrimoine hors normes pour des exploitants de nuit
Un autre élément documenté par la presse renforce ces questions.
Selon Blick [58], les propriétaires du Constellation ont constitué au fil des années un patrimoine immobilier conséquent, comprenant plusieurs biens en Valais et dans d’autres régions, pour une valeur cumulée estimée à plusieurs millions de francs.
Le journal souligne que cette accumulation dépasse ce que l’on observe habituellement chez des exploitants de bars ou de restaurants, même prospères.
Là encore, aucune illégalité n’est alléguée. Mais l’ampleur du patrimoine, combinée à des acquisitions réglées sans crédit bancaire, invite à s’interroger sur le modèle économique exact de l’exploitation.
Ces éléments prennent une résonance particulière lorsqu’on examine les événements de la nuit du drame et les heures qui ont suivi.
L’argent comme fil de questionnement
Une autre séquence, plus sensible encore, alimente le débat public.
Des informations relayées par plusieurs médias italiens, dont La Repubblica, évoquent l’existence potentielle d’images montrant la propriétaire quittant le bar en feu avec un objet volumineux sous le bras, parfois présenté comme « la caisse » [59].
À ce stade toutefois, aucune vidéo attestant clairement cette scène n’a été produite ni authentifiée publiquement. Selon les médias italiens, cette supposition proviendrait de témoins stipulant avoir aperçu la propriétaire s'enfuir avec ce qui ressemblait à une caisse.
Selon ces mêmes sources, de très nombreuses vidéos ont été filmées lors de la soirée du Nouvel An, mais aucune ne permet pour l’instant d’établir formellement l’identité de la personne, la nature de l’objet transporté, ni même la réalité de cette scène précise. Des images issues de caméras de surveillance pourraient encore être analysées dans le cadre de l’enquête.
Fuir avec quoi, et pourquoi ?
Si de telles images venaient à être confirmées par la justice, des questions légitimes se poseraient.
Pourquoi, au cœur d’un incendie meurtrier, quitter les lieux précipitamment, éventuellement en emportant un objet, plutôt que de se consacrer exclusivement à l’évacuation, à l’alerte ou à l’assistance aux victimes ?
Et pourquoi un tel geste, au regard du niveau de fortune supposé du couple, notamment compte tenu d’investissements immobiliers réalisés sans recours au crédit, et dans un contexte où la majorité des paiements dans ce type d’établissement s’effectuent aujourd’hui par voie électronique ?
À ce stade, aucune conclusion ne peut être tirée, et il serait irresponsable de prêter des intentions ou d’en déduire une quelconque irrégularité, car rien n'est confirmé (concernant la vidéo et la fuite).
Mais dans une enquête de cette ampleur, les zones d’ombre comportementales méritent d’être examinées avec rigueur.
Deux hypothèses demeurent ouvertes :
– soit les images évoquées n’existent pas ou ne concernent pas la gérante du Constellation ;
– soit, si une fuite a bien été filmée, l’objet transporté ne correspond pas nécessairement à ce qui a été avancé publiquement, et son interprétation a pu être hâtive.
Dans tous les cas, seul l’établissement précis des faits par l’enquête judiciaire permettra de trancher, loin des spéculations, mais sans éluder les questions légitimes posées par ces éléments.
Deux incendies en trois ans : un hasard, ou un signal ignoré ?
Un autre élément factuel vient alimenter les interrogations – non pas sur des intentions, que seule l’enquête judiciaire peut établir, mais sur le contexte général de gestion du risque.
Selon Blick [63], un autre établissement lié aux propriétaires du Constellation, “Le Vieux Chalet”, a lui aussi été touché par un incendie en 2023. Cet épisode n’avait, à l’époque, pas suscité d’attention particulière au-delà de la sphère locale.
Pris isolément, un second incendie ne prouve évidemment rien. Les sinistres existent, et la répétition ne suffit jamais à établir une responsabilité ou une faute.
Mais dans une affaire où la sécurité incendie, les choix d’exploitation et la prévention des risques sont aujourd’hui au cœur du drame, cet antécédent ne peut être balayé d’un revers de main.
La question n’est donc pas : y a-t-il un lien ? La question est plus simple – et plus fondamentale : Quelles conclusions officielles ont été tirées de l’incendie de 2023 ?
- Quelle cause exacte avait été retenue par les pompiers ?
- Un rapport d’intervention ou d’expertise a-t-il été établi ?
- Des mesures correctives ont-elles été exigées ou recommandées ?
- Les assurances ont-elles formulé des réserves ou des demandes spécifiques ?
- Des contrôles de sécurité supplémentaires ont-ils été imposés par la suite ?
Ces éléments ne relèvent pas de la spéculation, mais du suivi normal attendu après tout incident de cette nature, surtout lorsqu’il concerne des établissements recevant du public.
Car si un exploitant traverse un premier événement incendiaire significatif, et que les enseignements tirés n’entraînent aucun renforcement durable des pratiques, alors le problème n’est plus la malchance.
C’est une culture du risque.
Et c’est précisément ce que l’enquête devra déterminer : non pas s’il y a eu préméditation – accusation qui n’a pas lieu d’être à ce stade, mais si des alertes antérieures ont été sous-estimées, ignorées ou mal traitées, jusqu’à ce que le pire survienne.
Un système défaillant, plus qu’une erreur
Pour certains, la tentation est grande de chercher un coupable unique à ce désastre : un patron imprudent, un matériau inflammable, une malchance tragique.
Mais la réalité est plus vaste – et plus dérangeante.
Le drame du Constellation n’est pas le produit d’une erreur isolée, mais l’aboutissement d’un enchaînement de défaillances, étalées sur des années. Une mécanique progressive, où chaque maillon a cédé un peu plus que le précédent, jusqu’au point de rupture.
Un mode d’exploitation qui a banalisé le risque au nom de l’ambiance et du chiffre d’affaires.
Un personnel insuffisamment formé selon certains témoins, habitué à composer avec le danger parce que « cela faisait partie du spectacle ». Des pratiques commerciales qui ont normalisé l’exception, soirée après soirée.
Et des autorités de contrôle qui, par manque de moyens, de vigilance ou de rigueur, n’ont pas exercé le rôle de garde-fou attendu dans un lieu accueillant du public.
Pris séparément, chacun de ces éléments pourrait sembler gérable. Ensemble, ils ont formé une chaîne de responsabilités défaillante, au sein de laquelle le danger était visible, connu, parfois signalé – mais jamais réellement corrigé.
Ce qui s’est produit dans la nuit du Nouvel An n’avait rien d’imprévisible.
Ce n’était ni un accident inévitable, ni un concours de circonstances.
C’était un piège construit dans le temps, toléré par habitude, par facilité ou par renoncement.
Le plus troublant, sans doute, est qu’il ait fallu quarante morts et plus de cent blessés pour que cette réalité s’impose enfin.
Dans le silence endeuillé qui recouvre aujourd’hui Crans-Montana, une question reste et s'étend à tout le pays : ce drame marquera-t-il un changement durable dans la manière dont sont contrôlés, exploités et tolérés les lieux de fête ?
Ou ne sera-t-il qu’un choc de plus, voué à s’estomper avec le temps, jusqu’au prochain désastre ?
on ne vous doit pas seulement des condoléances – on vous doit la vérité et la justice.
Vos enfants, vos frères, vos sœurs ne sont pas morts pour rien si ce drame permet enfin de faire changer les choses.
Désormais, vous n’êtes plus seuls.
Non seulement dans la douleur, mais aussi dans votre exigence de vérité.
Comme l’a confié un jeune témoin courageux qui a porté secours cette nuit-là, Yuri, 20 ans :
« Votre enfant n’était pas seul. Des gens se souciaient d’eux… Aucun d’entre eux n’était laissé à l’abandon » [56].
Ces mots, adressés aux parents endeuillés, disent l’essentiel : au cœur du chaos, une solidarité humaine réelle a existé. Des jeunes ont aidé d’autres jeunes, sans calcul, sans fuite.
Mais cette solidarité ne peut pas s’arrêter à l’émotion.
Elle doit désormais se traduire par une exigence absolue de transparence et de responsabilité.
Toute la lumière doit être faite sur cette catastrophe, et chacun doit rendre des comptes – des exploitants aux autorités de contrôle, des inspecteurs aux décideurs publics, selon les responsabilités que la justice établira.
La mémoire des 40 disparus, et l’intégrité des plus de 119 blessés, l’exigent.
La Suisse entière a pleuré ce drame, observant une journée de deuil national le 9 janvier, en hommage aux victimes.
Désormais, elle attend autre chose que des mots : elle attend des réponses, et des actes.
Le Constellation n’est pas tombé sous une mauvaise étoile.
Il a succombé à une constellation de négligences.
Un accident isolé ?
Non.
L’aboutissement fatal d’un modèle où la sécurité est devenue, trop longtemps, une variable d’ajustement.
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Sources :
- [1] Incendie du bar Le Constellation — Wikipédia
- [2] Images et vidéos de la soirée – serveurs masqués, show pyrotechnique
Source : réseaux sociaux (captures relayées par la presse après le drame) → repris et décrits dans plusieurs articles RTS/20 Minutes/ATS/Blick/Blue News - [3] Avant l’incendie, la police du feu aurait testé le risque même avec un briquet - Blue News
- [4] Captures d’anciennes publications Instagram/Facebook, relayées par la RTS – "Faites gaffe à la mousse!", la vidéo accablante d’un précédent Réveillon au bar Le Constellation
- [5] Un témoin raconte le drame du Constellation – Blick
- [6] Entrée secrète avec code PIN – Blick
- [7] Issues de secours condamnées, selon plusieurs témoins – France Info
- [8] Porte s’ouvrant dans le mauvais sens (vers l’intérieur) – 20 Minutes
- [9] Absence d’alarme incendie audible – TF1
- [10] Un seul extincteur disponible – Blue News
- [12] Escalier rétréci lors des rénovations de 2015 – Blick
- [13] Capacité officielle du bar (200 personnes) – Le Temps
- [14] Présence étonnante d'ados de moins de 16 ans parmi les victimes – 24 Heures
- [15] Entrée latérale avec digicode - Blick
- [17] Interdiction d’accès aux bars pour les mineurs de moins de 16 ans après 22h (Valais)
Base légale : loi valaisanne sur les débits de boissons et l’hébergement (LDBH) - [20] Responsabilité communale en matière de sécurité incendie
Canton du Valais – Ordonnance incendie - [21] Réponses évasives du président de la commune de Crans-Montana – Blick
- [22] Inspections de sécurité incendie en Valais – base légale exacte
Ordonnance valaisanne sur les mesures de prévention contre les incendies et les éléments naturels (OPI)
RS/VS 540.102 - [23] Seulement 3 contrôles en 10 ans selon le propriétaire - LaCote.ch
- [24] Reconnaissance officielle d’un manquement (2019–2025) - Le Temps
- [27] Critiques d’experts sur le système communal valaisan – Le Nouvelliste
- [28] Citation d’un spécialiste sécurité incendie valaisan – Blick
- [29] Norme RF1-RF4 – matériaux combustibles et incombustibles
- [30] Code pénal suisse – homicide et incendie par négligence
- [31] [32] [33] [34] [35] [36] [37] [43] Crans-Montana : Plainte pénale contre des élus de la commune - Blick
- [25] [39] [40] [41] La commune «assumera toute la responsabilité que la justice déterminera» – Blue News
- [42] Controverse autour de la qualité de partie civile de Crans-Montana – 24 Heures
- [44] [45] [46] [49] [50] [51] [52] Pourquoi les gérants du bar de Crans-Montana sont toujours en liberté - Le Parisien
- [47] [48] "Il y en a déjà qui nous sont parvenues" : sur RTL, la procureur générale du Valais annonce avoir reçu des plaintes de familles de victimes de l'incendie de Crans-Montana
- [53] Passé criminel – proxénétisme – Le Dauphiné Libéré
- [54] J. Moretti : escroquerie, enlèvement, séquestration – Le Parisien
- [55] Installation en Valais et ouverture du Constellation en 2015 – Le Parisien
- [56] Crans-Montana: Un témoin raconte le drame du Constellation - Blick
- [57] Achats immobiliers “sans prêt” / réglés sans crédit — 20 Minutes (Suisse)
- [58] “Empire immobilier” des Moretti (patrimoine + question sur la provenance / absence d’hypothèques) — Blick
- [59] Vidéo supposée : “La propriétaire filmée avec la caisse sous le bras ?” — MSN Suisse
- [60] Béatrice Pilloud “sur la sellette” / critiques / demandes de dessaisissement — Blick
- [61] Dysfonctionnements / pressions / isolement : “destin tragique de la procureure…” — Le Temps
- [62] “Château Constellation” visé par une plainte pénale — Le Temps
- [63] « Le Vieux-Chalet », autre établissement des patrons du «Constellation», a lui aussi brûlé en 2023 — Blick
- [64] « Crans-Montana: Nos journalistes insultés par un proche du gérant » – Blick
- [65] « Crans-Montana tente de mettre sous le tapis des contenus sensibles » – Blick
- [66] Témoignage d’un ancien employé du Constellation sur le fonctionnement interne de l’établissement – FranceInfo